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Un curé de campagne tout à fait ordinaire

Christian Druitte

Texte

Jean Meslier est né en 1664 à Mazerny, un petit village des Ardennes françaises, canton de Nouvion-sur-Meuse qui compte aujourd’hui 123 habitants. Son père Jean était soit petit artisan, soit ouvrier dans les métiers de la fabrication du tissu.

Il reçoit l’enseignement primaire du curé de la paroisse et comme il apparaît très doué pour l’étude, il est envoyé au séminaire de Reims ; il y est ordonné prêtre en 1688 et envoyé comme curé de paroisse à Étrépigny non loin de Charleville.

Selon Voltaire, dont on ignore les sources, sa conduite n’était pas irréprochable... On lui reprochait de choisir des servantes trop jeunes.

Sa hiérarchie, par contre, n’appréciait pas qu’il prononce en chaire de vérité des sermons trop agressifs à l’encontre d’un seigneur de l’endroit qui maltraitait les paysans placés à son service.

Ces libertés lui valurent plus d’un rappel à l’ordre de la part des autorités ecclésiastiques et une convocation pour remontrance chez l’Archevêque de Reims qui l’obligea à recommander ledit seigneur aux prières de ses paroissiens.
Discipliné, du moins en apparence, il s’exécute au cours d’un prêche marqué du mépris éprouvé pour une hiérarchie catholique dominatrice pour les petits et soumise aux grands.

   « Voilà, dit-il en chaire de vérité, le sort ordinaire des pauvres curés de campagne ; les archevêques qui sont de grands seigneurs ne les écoutent pas ; ils n’ont des oreilles que pour la noblesse. Recommandons donc le seigneur de ce lieu et prions pour lui. »

Mais dans l’ensemble, il fut un curé de village classique se partageant entre ses obligations sacerdotales, ses lectures saintes ou savantes et la rédaction de son « testament » ; un flot de textes accusateurs, polémiques, passionnés, souvent redondants qui révèle une très grande culture de l’Antiquité, une profonde connaissance des auteurs latins et des penseurs de son époque.
Dans sa bibliothèque, la Bible, des textes de Pères de l’Église, des compte-rendus des Conciles, des auteurs latins dans le texte, mais aussi des ouvrages de Montaigne, de Vanini, de La Bruyère, de Pascal, de La Boétie, de Malebranche et de Fénelon.
Il possédait aussi le Dictionnaire philosophique de Pierre Bayle.

Ces auteurs qui sont quasi ses contemporains alimenteront bien évidemment son questionnement critique.

Humble, charitable et gardant l’essentiel de sa révolte pour son « secret », le curé Meslier vit dens l’austérité et retiré du monde.
La lecture occupe l’essentiel de son temps libre. Il commence la rédaction du Testament vers la fin de sa vie survenue en 1729.

Il est prétendu qu’il se serait laisser mourir suite à ses démêlés avec sa hiérarchie...
Pour toutes funérailles, une simple inhumation dans le jardin de la sacristie de son église par deux curés des environs.
Nulle mention de son décès n’est faite au registre de la paroisse dans lequel le dernier texte signé de sa main date du 7 mai 1729.

Le texte suivant est de son successeur et est daté du 27 août de la même année...

Les certitudes de Meslier / chapitre 96.

La lecture du Testament est sans conteste ardue et parfois rendue pénible par la longueur et la répétition d’une argumentation parfois confuse, l’abondance des références historiques et bibliques et le manque de clarté de la structure.

Pour l’essentiel, Meslier développe huit raisons qui l’amènent à nier l’existence de Dieu, à renier la religion et à contester le pouvoir sous toutes ses formes.

1 - Les religions ne sont que des inventions humaines.

2 - La divinité du Christ, les Évangiles et les miracles, fondements du christianisme relèvent de l’imposture.

3 - Les sacrifices humains ou d’animaux révèlent un Dieu cruel qui ne peut exister puisque un Dieu doit être amour. Donc, il n’existe pas.

4 - Les prophéties divines ne se réalisent pas, donc Dieu n’existe pas.

5 - La Sainte-Trinité est une pure construction mentale car il ne peut exister trois personnes en une. Le sacrement de la communion, l’hostie corps et sang du Christ, relève de l’idolâtrie.

6 - Le christianisme est une fausse religion car il se fait complice de l’oppression des peuples par les rois, participe à toutes les injustices de la société et empêche les hommes d’être heureux par ses préceptes relatifs a la vie sexuelle.

7 - Dieu n’a pas créé le monde. C’est la matière douée de mouvement et capable de se transformer par elle-même qui l’a fait devenir ce qu’il est sans intervention directe.



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Ordonné prêtre en 1688 et envoyé comme curé de paroisse à  Étrépigny non loin de Charleville

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Auteurs
Christian Druitte
Sujet
L'abbé Meslier bio bibliographie
Genre
Chronique historique
Langue
Français