© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Alexis ou le Traité du vain combat

Michèle Goslar

Texte

Récit de sa première période d’écriture, ce premier “portrait d’une voix” a séduit la critique, notamment Edmond Jaloux, et fait entrer Yourcenar dans le monde des lettres.
Bien que rapproché par la critique du Traité du vain désir de Gide, c’est à Rilke que Yourcenar fait référence : « Le Rilke de Malte Laurids Brigge, pas encore tout à fait celui des Élégies de Duino, mais un peu déjà. Le ton même d'Alexis, les scrupules d'Alexis, et pas sur un sujet particulier, sur tout ; la religiosité d'Alexis, une sorte de tendresse répandue par Alexis sur les êtres et les choses, tout cela est bien plus près de Rilke. Je me sentais très proche de Rilke durant cette période. » XX

Persuadée qu’il fallait, après sa poésie, écrire quelque chose de définitif, et ayant échoué à rédiger trop tôt le grand roman Remous, Marguerite Yourcenar va exploiter une expérience personnelle pour ce premier texte en prose. Vers 1923, elle a été séduite par un jeune homme, probablement Alexis de Géra, d’origine autrichienne. Étant homosexuel, il lui confesse ne pouvoir répondre à ses attentes. C’est cette confession qui servira de point de départ au livre.

Quelques années plus tard, elle apprend le décès de Jeanne de Vietinghoff, ancienne amie de collège de sa mère, demoiselle d’honneur au mariage de son père, lequeli est subjugué par sa beauté et son comportement de femme libre, modèle pour l’auteur, également attirée par les homosexuels, et séduite par cette femme qui épousa un homosexuel et lui resta fidèle jusqu’à sa mort.

Intriguée par les liens qui unirent son père à Jeanne, Marguerite Yourcenar rencontre en 1928, le mari de Jeanne à Zürich. Ses confidences fourniront le reste de la matière d’Alexis, Monique, dans le texte étant Jeanne, ce que reconnut l’auteur par la suite.

Alexis ou le Traité du vain combat est une longue lettre écrite par Alexis à sa femme, Monique, venant d’accoucher, pour lui expliquer pourquoi il la quitte. Il y raconte sa vie, sa famille aristocratique sur le déclin, sa découverte de la beauté masculine, l’engrenage qui l’a conduit à l’épouser, son besoin de renouer avec la musique (Conrad de Vietinghoff était pianiste) et sa résolution d’accepter son homosexualité, sans jamais nommer la chose.
Confidence d’une sensibilité peu commune, hésitations à dire, respect de l’autre, volonté de sincérité, respect à l’égard d’une femme exceptionnelle, ce texte émeut et bouleverse à la fois. Qu’on en juge par la phrase qui clôt cette longue lettre : « Je vous demande pardon, le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps ».

Bien que non destiné au théâtre, ce monologue, à chaque lecture, m’imposait une voix qui m’a convaincue de le proposer à la scène. Trop long, mon adaptation n’a eu recours qu’au découpage, respectant la chronologie du récit. Son interprétation par Pascal Parsat est magnifique et la mise en scène par Monique Lenoble parfaitement ajustée au propos.
Bien qu’écrit en 1929, ce texte reste d’une actualité et d’une émotion remarquables.

© Michèle Goslar, 2017

Notes

  1. In Les Yeux ouverts, p. 67

Metadata

Auteurs
Michèle Goslar
Sujet
Le roman de Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Vain combat
Genre
chronique littéraire
Langue
Français
Relation
Revue Les Petits cahiers du Poème 2, n°13 janvier 2017
Droits
© Michèle Goslar 2017