© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

« Qu’il eût été fade d’être heureux »

Monique Lenoble

Texte

Nous vivons une époque où la recherche éperdue du bonheur individuel est devenue la seule règle de vie.
Marguerite Yourcenar fait exception. Elle prend de l’altitude, doublée d’un vrai anticonformisme de mœurs et d’un dédain profond des institutions.
De sa longue méditation sur l’homme et le sens de la vie et de la liberté, ses personnages sont tous les porte-paroles. Ils croient en la dignité humaine et sont à la recherche d’un idéal de sagesse et d’harmonie universelle.

« Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste et plus beau, plus ardent ou plus doux, que celui qui nous est donné, différent par là même, et en pratique presque inhabitable. » (Mémoires d’Hadrien)

Quel(s) plaisir(s) de mettre en scène les textes merveilleux de Marguerite Yourcenar !
Premier plaisir, cette écriture incomparable tant dans la description du sujet que dans la nuance de la langue et la structure du texte.
Autre plaisir, celui d’aborder ces sujets avec une jeune comédienne, Lara Ceulemans, incarnant de chair, sang et feu Marie-Madeleine ou le Salut, et Pascal Parsat, acteur confirmé, pour Alexis ou le Traité du vain combat.

Ces textes ont été adaptés par Michèle Goslar dans le plus grand respect et connaissance de l’œuvre de Yourcenar.
L'homosexualité confessée par Alexis avec une rare pudeur et délicatesse... Une confession rare de franchise qui vient tardivement et fera souffrir :
« J’avais pris envers vous d’imprudents engagements que devait protester la vie : je vous demande pardon, le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d’être resté si longtemps. »

Chez Marie-Madeleine ou le Salut, elle s’ouvre de tout son corps, de tous ses membres et tout son cœur déchiré à celui qui ne peut y répondre.
« En face de la passion, j’ai oublié l’amour. J’étais de nouveau plus vide qu’une veuve, plus seule qu’une femme quittée. J’étais vierge, et d’ailleurs toute femme qui aime n’est qu’une pauvre innocente... Il ne m’a sauvée ni de la mort, ni des maux, ni de la crise car c’est par eux qu’on se sauve. Il m’a sauvée du bonheur. »

Marie-Madeleine comprend qu’elle n’a possédé l’Amour que lorsqu’elle croyait le perdre, et c’est ainsi qu’elle s'exclame :
« Fuis mon Bien-Aimé, fuis ! »

Car l'amour n’est jamais si présent que lorsqu’il est absent. Ses fruits sont des tentations, le fait de se faire attendre une sorte d’impatience, ses refus des dons, ses dédains des caresses.
« On ne fait jamais que changer d’esclavage... Au moment précis où les démons vous quittent, je suis devenue la possédée de Dieu. »

Ce Dieu pourtant qui pour Marguerite Yourcenar n’impose rien, qui n’entrave pas la liberté de l’homme et lui laisse aussi le choix, la liberté de s'épanouir.

© Monique Lenoble, 2017


Metadata

Auteurs
Monique Lenoble
Sujet
La mise en scène théâtrale d'oeuvres de Marguerite Yourcenar
Genre
Point de vue littéraire et artistique
Langue
Français
Relation
Revue Les Petits cahiers du Poème 2 n° 13, janvier 2017
Droits
© Monique Lenoble, 2017