© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Georges Simenon et Stanislas-André Steeman

 Michel Schepens

Texte


1. LES CHEMINS PARALELLES

En comparant le cheminement de ces deux « géants », non seulement du roman criminel, mais aussi des lettres belges, on ne peut qu’être frappé, quoi qu’on en dise, par l’étonnant parallélisme de leurs carrières respectives.

Tâchons d’en explorer rapidement les étapes principales avant d’en venir aux rapprochements qui s’effectueront à l’époque du « Jury », alors que tous deux auront accédé à la notoriété.

Étonnant de constater que Georges Simenon est né dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 février 1903 et que Stanislas-André Steeman publie en 1931 une de ses œuvres fortes intitulée précisément La Nuit du 12 au 13, puis en 1961 Peut-être un vendredi, son avant-dernier roman.


Étonnant toujours et curieux hasard, cette nouvelle de Simenon publiée quelques années plus tôt dans Froufrou 1 , signée du pseudonyme de Gom Gut et titrée La Nuit du 14 au 15 !

Surprenant aussi que nos deux auteurs ne se soient jamais rencontrés alors qu’ils ont collaboré à trois reprises dans le cadre de la collection « Le Jury ». « [J]e n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer votre père », écrit Simenon à Stéphane, le fils de Stanislas, qui confirme : « Sachant que mon père ne rencontrerait jamais son compatriote, je passai donc quelques heures avec Simenon un après-midi de l’été 1955 2 . »

Amusant, par ailleurs, qu’un certain Stanislas-Georges, pseudonyme sous lequel se cache un journaliste facétieux du journal liégeois La Meuse, publie en 2003 un roman intitulé Le Témoignage de la dame de cœur 3 dont le quatrième de couverture mentionne « Steeman-Simenon, leur rencontre historique à Liège ! » et dans lequel nos deux héros se rejoignent... dans la fiction.

Mais au commencement est Liège (que l’on orthographie alors Liége)...

Steeman y naît le 23 janvier 1908 soit cinq ans après Simenon. Précoce comme lui, il publie en 1923 dans La Revue Sincère 4 et sous la signature d’André Steeman, Les Crottes de chocolat, un conte de Saint-Nicolas écrit en octobre 1922 alors qu’il n’avait pas quinze ans. Un an auparavant, dans la même revue et à la même date, jour pour jour, Simenon l’a précédé en publiant Le Compotier tiède 5 immédiatement suivi d’un conte de Noël, La Légende liégeoise, paru dans le numéro spécial de décembre de la Gazette de Liége 6 .

Dès 1924, Steeman entre au quotidien bruxellois La Nation belge, dirigé par Paul Neuray, et y entame une carrière de journaliste. Il commence son écolage dans la rubrique des faits divers, puis donne bientôt un reportage qui paraît le 25 mars 1926. Le premier billet de Simenon paru dans la Gazette de Liége date, lui, du 24 janvier 1921.

André Steeman publie son premier ouvrage à compte d’auteur, un recueil de contes intitulé Éphémères, aux Éditions des Tablettes (Paris et Saint-Raphaël) en 1924. C’est dans des conditions identiques qu’Au pont des Arches de Georges Sim est édité par l’imprimerie Bénard, à Liège, en septembre 1920. Simenon, en 1985, précisera dans un envoi à l’auteur du présent article qu’il s’agit d’un « [...] petit roman écrit quand j’avais 15 ans et que je me prenais pour un humoriste. »

Sans s’être bien évidemment concertés, Steeman sous le pseudonyme d’André Basile d’abord, puis sous son patronyme, et Simenon sous les pseudonymes de Kim ou Georges Sim, proposent des petits récits légers à la revue parisienne Le Sourire tout au long des années 1923 à 1926 et se retrouvent parfois au sommaire d’un même numéro.

De 1926 à 1932, Steeman signe cinq romans policiers écrits en collaboration avec son collègue journaliste Herman Sartini dit Sintair 7 . Trois sont publiés au « Masque » : Le Mystère du zoo d’Anvers (1928), Le Treizième coup de minuit (1928) et Le Diable au collège (1930). Enfin, Le Maître de trois vies (1929), dont l’action se déroule à Liège, paraît dans le mensuel Le Masque et Le Guet-apens (1932) aux éditions Moorthamers Frères à Paris. En matière de collaboration, Simenon, quant à lui, s’en tiendra à une seule expérience avec Le Bouton de col écrit en 1922 avec Henri J. Moers, son confrère du journal La Meuse. Ce roman inachevé, premier signe d’intérêt pour l’intrigue policière, met en scène un détective anglais nommé Gom Gut, et reste inédit à ce jour.

Les années 1930 consacrent nos deux auteurs.

Le commissaire Maigret apparaît pour la première fois dans Train de nuit un roman publié chez Fayard en 1930 sous le pseudonyme de Christian Brulls, dans la collection « Les Maîtres du roman populaire ». Simenon adopte ensuite, et définitivement, son patronyme et publie la première série des Maigret à une cadence accélérée à partir de février 1931. Son commissaire à la pipe trouve un homologue chez Steeman avec Aimé Malaise, un commissaire qui préfigure Maigret. Il est présent dans son roman Zéro dès 1929, puis dans Le Doigt volé rédigé en mars et publié dans la célèbre collection « Le Masque » d’Albert Pigasse en 1930.

Sans atteindre le rythme de production de Simenon, celui de Steeman est, lui aussi, important avec Six hommes morts (Grand prix du roman d’aventures en 1930) où apparaît Wenceslas Vorobeïtchik, alias M. Wens, puis La Nuit du 12 au 13 (1931), Le Démon de Sainte-Croix (1931), Le Mannequin assassiné (1931), etc.

Les débuts de Georges Simenon ne lui ont pas échappé puisqu’il confie dès juillet 1931 dans une interview 8 :
   « [L]es écrivains de romans policiers sont plutôt rares en France. Par contre, nos compatriotes ont atteint, dans ce genre, à une certaine maîtrise. Je veux parler de Georges Siménon [sic], qui est liégeois comme moi, et dont la fécondité est exceptionnelle. Ce diable d’homme publie un roman par mois et, malgré cette « super-production », il en est de fort bien faits. »

Puis, c’est dans son Mannequin assassiné qu’il cite intégralement un paragraphe extrait du roman de Simenon Au Rendez-vous des Terre-Neuvas :

   « As-tu déjà contemplé la photographie de personnes mortes jeunes ? » avait-il [le commissaire Malaise] un jour lu quelque part. « J’ai toujours été frappé par le fait que ces portraits-là, faits pourtant alors que les gens étaient en bonne santé, ont déjà quelque chose de lugubre... On dirait que ceux qui sont destinés à être victimes d’un drame portent leur condamnation sur le visage... 9 »

Constatons qu’il s’est écoulé moins de trois mois entre la publication du roman de Simenon en août 1931 et l’insertion de cette citation dans celui de Steeman dont la rédaction s’est achevée au mois d’octobre suivant. Ce dernier a d’ailleurs échangé, dès cette époque, un probable premier courrier avec Simenon qui lui a répondu de son yacht l’Ostrogoth amarré à Ouistreham (Calvados) : « Il est bien entendu que je ne vois nul inconvénient à ce que vous me demandez au sujet du Rendez Vous des Terreneuvas [sic] », puis il poursuit « et j’espère que lors d’un de vos voyages en France ou d’un de mes passages à Bruxelles nous aurons l’occasion de faire plus ample connaissance 10 . »

Nous savons déjà que ce vœu ne se concrétisera jamais.

Nous en avons une confirmation supplémentaire dans une lettre de Joyce Aitken, la secrétaire de Simenon, datée du 27 juillet 1976 et adressée à Danny De Laet :

   « [...] J’ai posé à M. Simenon votre question concernant son confrère M. Steeman. Il se souvient parfaitement d’avoir correspondu avec lui, mais c’était pendant la guerre. Il me dit que cet échange de correspondance se limite non pas à deux lettres mais à deux cartes de correspondance comme c’était le cas pendant la guerre, Simenon se trouvant en Vendée et M. Steeman à Bruxelles. Il ne l’a jamais rencontré, et n’a pas lu ses œuvres non plus. Il ajoute qu’il n’a aucune idée du roman policier en Belgique, s’étant toujours refusé de lire des romans contemporains 11. »

Relevons encore, autre coïncidence, que les années 1930-1931 voient l’accession simultanée à la renommée littéraire du commissaire Maigret et de M. Wens qui, après un bref passage dans la police belge deviendra ensuite détective privé.

En 1934, Steeman publie dans l’hebdomadaire Rex une lettre ouverte à Robert du Bois de Vroylande en réponse à l’article de ce dernier paru dans un précédent numéro. Véritable plaidoyer pour le roman policier, il y prend la défense de Georges Simenon qu’il considère avoir été injustement critiqué :

   « [...] J’ai lu avec un très grand intérêt et un réel amusement l’article que vous avez consacré au roman policier dans Rex du 15 janvier.
Vous y parlez de Wallace [...], de Van Dine, d’Agatha Christie, et vous y mettez en lumière leurs défauts. Une simple question... Avez-vous lu Le Meurtre de Roger Ackroyd ?
Vous y parlez également de Conan Doyle, de Leroux, de Leblanc et vous portez sur eux un jugement que je ratifie volontiers, touchant les deux premiers surtout.
Par contre, vous vous montrez impitoyable envers Simenon et vous ne soufflez mot de Chesterton. Permettez-moi de m’en étonner sincèrement.
[...]
Permettez-moi, à titre documentaire, de reproduire ci-dessous un extrait d’article dû à la plume de cet auteur que vous n’aimez pas et que j’aime, Georges Simenon. 
Cet article parut dans Pour Vous 12 , voici quelques temps, au sujet de la grande misère du cinéma :

   " Quand, il y a deux ans, j’ai mis au point la série des Maigret, cinq éditeurs, exactement, on refusé de s’y intéresser parce que :
1° C’était policier sans être policier, puisque les règles du genre (?) n’étaient pas observées ;
2° Mon héros était gros, gras, sans poésie ;
3° Pas de personnages sympathiques, ni de personnages répugnants ;
4° Pas d’amour ;
Et les éditeurs de lever les bras au ciel en s’écriant : « Et vous voudriez avoir du succès avec ça ? »
De ceci, quelles conclusions tirer ?...
Qui édicte les règles du roman policier ?
L’auteur ?
Non.
1° L’éditeur.
2° Le lecteur.
Notez que, si le premier est coupable, le second l’est beaucoup moins.
Pour ma part, j’ai grande confiance dans le lecteur et je ne doute pas qu’il en vienne un jour à préférer, au banal roman policier d’aujourd’hui, le roman policier « évolué »." »

Il faut, dans tous les cas, savoir gré à Simenon d’avoir été, avec l’auteur de La Double Mort de Frédéric Belot 13 , l’un des premiers artisans de cette évolution.

Tournons le dos aux formules : un livre ne vaudra jamais que par ce qu’on y a mis, un sujet sera bon ou mauvais d’après la façon dont il aura été visité.

Steeman achève son article en tranchant définitivement :

   « [...] La vérité, comme le disait, hier encore, L. Dumont-Wilden 14 , c’est qu’il n’y a pas de genre inférieur. Il y a de bons et de mauvais romans policiers, un point c’est tout. »

Dans le très beau livre 15 que Stéphane a consacré à son père nous apprenons que Steeman cite une nouvelle fois Simenon dans un article intitulé « Les romans policiers » de l’hebdomadaire bruxellois Pourquoi Pas ? (n° 1275 du 6 janvier 1939). Il y signale quelques paragraphes du roman Le Cheval-Blanc :

   « Avant qu’Arbelet eût atteint la porte, il était trop tard. Il vomissait par terre, dans le couloir, avec la frousse que d’en haut sa femme ne l’entendît...
La rencontre avec Arbelet n’avait en rien changé le cours de la nuit de Félix, ni son humeur. Il avait ouvert le placard aux brosses et aux torchons ; ensuite sans se presser, il avait nettoyé le carreau du corridor en grommelant :
— C’est de la m... !
L’oncle s’éveillait, voyait au soleil qu’il n’était pas l’heure et restait sur son grabat, les yeux ouverts, à renifler son odeur de vieil homme...
... un matin qu’il reniflait bruyamment au lieu de se moucher et que son regard était aussi visqueux que sa morve...
Félix, lui, avait la ferme volonté de dégoûter. Quand il se grattait, c’était lente-ment, avec une insistance qui vous communiquait un malaise physique.
Allait-il, le pauvre idiot, répéter ça toute sa vie et ne pas avoir le cran d’étrangler une petite morveuse comme un poulet ? »

Et Steeman de conclure enfin :

   « Le réalisme de M. Henri Troyat, dans L’Araigne, encore que souvent excessif, découle naturellement du sujet. Et puis, le livre est « écrit ». M. Siménon [sic], lui, dans Le Cheval-Blanc, ne parvient qu’à nous écœurer.
Cette appréciation sans complaisance ne remet nullement en cause son admiration pour Simenon et son fils déclare que, quelques années plus tard, « il voulait absolument que je lise Pietr-le-Letton ». »

Mais venons-en à l’objet principal de cette étude...

2. 1940-1944. QUATRE ANS D’OCCUPATIONS : « LE JURY » ET LES JURÉS

En 1940, après l’invasion allemande, les collections policières françaises comme « Le Masque », « L’Empreinte », « Les Chefs-d’œuvre du roman d’aventures » ou « Police-Sélection » ne sont plus diffusées en Belgique. En fin d’année, Steeman crée sa propre collection, « Le Jury », dont il assume la direction littéraire. Elle est éditée par A. Beirnaerdt, imprimeur à Bruxelles, et rencontre un réel succès.
Steeman présente sa revue en ces termes :


   « [...] Toutes ces collections nous venaient de Paris. Aucune n’était belge.
En voici une enfin !
Précisons tout de suite que – différant, en cela, de ses orgueilleuses aînées – elle n’a pas la prétention de vous offrir un chef-d’œuvre à tout coup... Vous vous fatigueriez !
Elle se propose plus modestement de vous distraire pendant une soirée. Une soirée, non une nuit.
Les romans qu’elle vous présente seront en effet sensiblement plus courts que les romans ordinaires.
Mais ils seront aussi sensiblement moins chers... Et ceci compensera cela.
Leurs auteurs, surtout, s’efforceront honnêtement de vous mettre en main tous les faits de la cause, de telle manière que, aux approches de la page 30, vous ayez latitude de fermer votre fascicule et de réfléchir cinq minutes (ou une semaine) avant de le rouvrir pour obtenir confirmation de votre perspicacité.
C’est au lecteur que nous avons songé en baptisant cette collection Le Jury.
Puissiez-vous éprouver, à percer à jour nos petites malices, autant de plaisir que nous en éprouvons à vous intriguer 16. »


Dans sa première série, la collection « Le Jury » comporte 66 fascicules dont seuls les 56 premiers sont numérotés. Une deuxième série tente de relancer la formule après la Libération, mais le succès ne se renouvelle pas et elle cesse de paraître après cinq numéros. Aucun des fascicules ne porte une date.
Précisons que « Le Jury », dont le rythme de parution est bimensuel, ne publie que des auteurs belges, parfois confirmés tels Stanislas-André Steeman lui-même, Georges Simenon, voire Louis-Thomas Jurdant 17 , ou débutants comme Thomas Owen 18 , Max Servais 19 ou André-Paul Duchâteau.

« Le Jury » a aussi le mérite et l’originalité de proposer bientôt des chroniques animées par Steeman qu’André-Paul Duchâteau présente ainsi : « [...] “Le Verger d’autrui” où il analyse avec justesse, humour et parfois sévérité, les œuvres des autres et “Le Musée des horreurs”, où, champion du style, il dissèque impitoyablement les romans où la langue française et le bon sens sont particulièrement malmenés 20 . » Au fil du temps d’autres rubriques apparaissent telles que « Les “Policiers” à lire... », « Critiques de presse » ou encore « Où les jurés jugent Le Jury ». Dans chacune d’elles, on trouve des références à Simenon à de très nombreuses reprises. C’est ainsi que nous avons relevé les notules suivantes dans « Le Verger d’autrui » :

   « N° 3
Les Sœurs Lacroix
Une étonnante peinture de mœurs provinciales dont le style lâche n’arrive pas à diminuer la sombre puissance.

N° 5
La Marie du port
Plus ça change, plus c’est la même chose ! Un port. Un estaminet. Des cafés arrosés de calvados. Une peinture toute en grisaille. Des : Ce n’était plus tout à fait la nuit et pas encore le jour... Des : Ce n’était déjà plus la ville et pas encore la campagne...
Enfin, dominant le tout, comme profilée sur la mer, une curieuse figure de femme, quasi symbolique : la Marie du port.

N° 33
L’Homme qui regardait passer les trains
« Donc, Kees avait rêvé d’être autre chose que Kees Popinga. Et c’était justement pour cela qu’il était tellement Popinga, qu’il l’était trop, qu’il exagérait, parce qu’il savait que, s’il cédait sur un seul point, rien ne l’arrêterait plus.
Le soir... Oui, quand, le soir, Frida commençait ses devoirs et que “maman” travaillait à son album... Quand il tournait le bouton de la TSF en fumant un cigare et qu’il faisait trop chaud... Il aurait pu se lever et déclarer carrément :
Ce qu’on s’embête en famille !
C’est pour ne pas le dire, pour ne pas le penser, qu’il regardait le poêle en se répétant que c’était le plus beau poêle de Hollande, qu’il observait sa “maman” en se persuadant que c’était une belle femme et qu’il décidait que sa fille avait les yeux rêveurs... »
Tout le livre est écrit sur ce ton juste et amer.
La meilleure étude de criminel (« Criminel ! Encore quelqu’un qui n’a pas compris ! » dirait Kees Popinga, le triste héros de M. Simenon) que nous ayons lue depuis longtemps.

N° 42
Le Suspect
Une laborieuse histoire d’anarchistes dont les héros passent le plus clair de leur temps à courir l’un après l’autre.

N° 45
Le Voyageur de la Toussaint
En dépit d’un net fléchissement dans sa troisième partie, l’un des plus passionnants romans de Simenon. Et nous ne pensons pas que notre fécond compatriote ait jamais écrit quelque chose de mieux venu que cet émouvant épilogue dont nous ne résistons pas au désir de reproduire ci-dessous les six dernières lignes :
« Elle était toute menue devant lui, si menue, si fragile qu’il ne résista pas au désir de la soulever dans ses bras comme s’il allait l’emporter tout de suite au loin. Quand il la reposa sur le sol, tous les deux pleuraient en riant et, à travers les larmes, ils se voyaient des visages déformés comme des visages des rêves. »
D’aussi justes traits nous éclairent mieux sur ceux qu’ils dépeignent que les plus longues descriptions.

N° 48
L’Outlaw
Un Simenon « de série » torché à la six-quatre-deux où l’on retrouve, non sans surprise, la bande de Polonais pourchassés par Maigret dans Stan-le-Tueur (Les Silences de Maigret, coll. « Le Jury » n° 38). Mais Stéphanie Polintskaïa ressuscitée, s’appelle cette fois Frida Stavitskaïa, les autres membres de la bande ont également changé d’identité, et Michel Ozep a cédé la place à un personnage moins réussi : Stanislas Sadlak. Ainsi, l’œuvre trop touffue de Simenon fourmille de cadres, d’atmosphères et de personnages servis à diverses sauces d’inégale saveur. »


Dans la rubrique « Les “Policiers” à lire... » du n° 12, on relève :

   « Les romans de notre compatriote Georges Siménon [sic] sont vraiment trop nombreux pour que nous entreprenions d’y faire une sélection (quelques titres viennent cependant irrésistiblement, sous notre plume : L’Affaire Saint-Fiacre, La Maison du canal, Le Haut Mal, Les Suicidés, L’Homme qui regardait passer les trains, etc.). »


Mais Simenon n’est pas spécialement épargné et figure aussi dans « Le Musée des horreurs » :
   « N° 36
De L’Assassin
« [...] et cela devint un deuil comme tous les deuils, avec sonnette de la porte d’entrée enveloppée d’un tissu, la porte tenue contre toute la journée. »
Contre quoi ?

N° 41
De La Maison du canal
« Elle avait conscience de poser un acte d’une importance considérable. »
On pose un principe, ou des sangsues, on ne pose pas un acte.

De Liberty-Bar
« Un réveille-matin marquait la fuite du temps, posé au milieu de la cheminée. »
Et nous qui croyions que le Temps, comme le juif errant, ne s’arrêtait jamais !

De Les Fiançailles de M. Hire
« Un portier galonné, son parapluie rouge à la main, arrêta M. Hire, le canalisa vers l’entrée d’un cabaret... »
Canaliser ! Encore si ce M. Hire avait une barbe fleuve !

De Monsieur La Souris
« Si les trois hommes se sentaient poursuivis, c’était la poursuite... »
Parfaitement.

N° 51
De La Marie du port
« À cette heure, le café était vide ; la salle de restaurant, à côté, était plus vide encore. »
Peut-être parce qu’elle était plus grande ?


Cependant des contacts sont noués dès avril 1941 en vue d’une prochaine collaboration et un accord est transmis par Simenon le 5 juillet.
Le « Jury » n° 17 paraît alors avec un court encadré en bas de la page 29...

   « Il faudra attendre le fascicule n° 22 pour découvrir une œuvre de Simenon. Ce sera Les Dossiers de l’Agence O.
Ce numéro, vraisemblablement sorti de presse en 1941, présente un intérêt tout particulier car c’est Steeman en personne qui pose pour la photographie de couverture. Il contient deux nouvelles précédemment parues dans la collection « Police-Roman » où elles étaient enrichies d’illustrations de René Péron qui, malheureusement, ne figurent plus dans « Le Jury » :
La Jeune Fille de La Rochelle (« Police-Roman », n° 125 du 25 avril 1941).
L’Arrestation du musicien (« Police-Roman », n° 128 du 2 mai 1941). »

Le numéro est introduit, comme chaque fois qu’un nouvel auteur apparaît, par une courte notice biographique, ici quelque peu fantaisiste :

   « Le Jury présente... Georges Simenon
Né à Liége, en 1903, au cœur du pittoresque quartier d’Outre-Meuse, à l’ombre de la modeste église paroissiale de Saint-Nicolas.
Au collège, ne mordit ni au latin, ni aux « maths ». Un « cancre de talent », pourrait-on dire de lui, comme de tant d’autres. Abandonnant livres et cahiers après trois ans d’infructueuses études, réussit à entrer en qualité de commis dans un cabinet de lecture. Pas pour longtemps, car le démon du journalisme l’habitait déjà.
Payant d’audace (avait-il seize ans ?), parvint un jour à se faire recevoir par le directeur de La Gazette de Liége et, mieux, à décrocher une place de rédacteur. Rédacteur aux « chiens écrasés », d’abord. Chroniqueur de petits « papiers » placés sous le signe de la fantaisie et signés « le maître coq ».
Mais Simenon a d’autres ambitions. Son service militaire accompli, il part pour Paris. « Plutôt mourir de faim que m’avouer vaincu par Paris » dit-il à son directeur. Et, de fait, c’est finalement Paris qui sera vaincu par ce diable d’homme.
Il commence par y manger de la vache enragée. (La légende veut qu’il ait travaillé aux Halles et partagé la triste expérience des clochards.) Devenu par un coup de chance et grâce à l’appui de Binet-Valmer, secrétaire d’une quelconque ligue patriotique, il publie aux Éditions Fayard d’innombrables romans populaires et, chez des éditeurs moins graves, des livres plus légers sous la signature de Georges Sim et autres pseudonymes.
Devient ensuite secrétaire particulier du marquis de Tracy et rédacteur au Journal de Nevers dont son patron était propriétaire. Collabore à divers journaux et revues. Manifeste l’intention d’écrire son prochain roman en un temps record, sous les yeux mêmes du public et dans une cage de verre. Voyage avec le marquis. Se marie. Lance, chez Fayard, la série tôt célèbre du commissaire Maigret.
Aujourd’hui, Simenon – qui a traîné sa bosse un peu partout, en Afrique, au Congo belge, en Afrique Équatoriale française, aux îles Galapagos, à Tahiti, dans les mers des Antilles – est l’auteur de plus d’une centaine de volumes traduits pour la plupart dans la plupart des langues. C’est un « monsieur arrivé » dans toute l’acception du terme. Un « monsieur arrivé » qui possède yacht et châteaux, dont les œuvres ont conquis l’écran (les studios cinématographiques parisiens n’adaptent actuellement pas moins de trois de ses romans), un travailleur et un « tiestou » qui n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot.
Mais sollicitez sa mémoire. Vous retrouverez le garçon simple et tout rond de jadis, le joyeux luron à la camaraderie duquel on ne fait pas appel en vain.
À preuve, l’active collaboration apportée au Jury par le roman que voici... et ceux qui suivront. »

Des œuvres de Simenon parues au sein de la collection, « Le Jury » publie des critiques, parfois réservées, sélectionnées dans la presse :

N° 24
   « Georges Simenon, lui aussi, collabore au Jury. Sous le titre Les Dossiers de l’Agence O, il y donne deux longues nouvelles. On y retrouve sa manière bien personnelle et on pénètre une fois de plus avec lui dans les locaux du Quai des Orfèvres où se cache quelque part la silhouette épaisse du commissaire Maigret... Dans la littérature policière, on peut dire que Simenon occupe une place à part. Il n’y est que d’un pied (quoique les méchantes langues affirment qu’il écrit avec les deux ; ce qui est faux parce que son style échappe aux règles de la syntaxe). Au-delà du Simenon « policier », il y a toujours l’autre qui s’égare dans le roman psychologique. Ni ses coupables, ni ses détectives ne sont des mathématiciens. La vérité y est affaire d’intuition. Et les règles du genre s’y réduisent à quelques préceptes élémentaires. La vraie qualité de Simenon est d’être romancier dans le sens le plus exact du terme. Il n’est pas besoin de lire son énorme production pour s’en apercevoir. Le moindre de ses récits en offre la démonstration. Ce romancier-là, vous le découvrirez aussi dans Les Dossiers de l’Agence O où un personnage comme Émile dépasse de loin le cadre rigide dans lequel certains voudraient faire tenir un genre qui s’en échappe de plus en plus.
P[aul] K[INNET]. (Le Soir) »

   « Georges Simenon a voulu rappeler à ses compatriotes sa fierté d’être belge en collaborant au Jury, « collection belge d’auteurs belges »... Et, pour le Jury, il s’est mis en frais. Il a créé de nouveaux personnages : M. Émile, Torrence et Barbet, patrons et agent bien campés de l’Agence O. Deux des exploits de ces messieurs nous sont contés au cours du fascicule. Dans ces récits, nous retrouvons le sens de l’intérêt, le style direct, vif, haché, qui ont fait une partie du succès de Simenon. Mais, par contre, nous n’y trouvons guère trace de cette atmosphère qui a fait l’essentiel du succès de notre auteur. Qu’il nous soit permis de le regretter... [...] en attendant que L’Homme tout nu et Les Silences de Maigret nous restituent Simenon avec toutes les qualités qui ont fait de lui l’auteur de romans policiers le plus lu de Belgique et de France. »
E.M. (Le Pays réel)

N° 26
   « Simenon, décidément, nous surprendra toujours ! Il y a une dizaine d’années, il publia, coup sur coup, à raison d’un volume par mois, ses dix-neuf Maigret. Il donna ensuite, chez le même éditeur, huit romans d’un genre sans doute moins policier, mais plus littéraire. Puis, à la NRF – et toujours à la même cadence – une série de romans psychologiques dont certains, tel L’Assassin, valent, à mon sens, Crime et Châtiment. Ce n’est au surplus un secret pour personne que Simenon, à l’heure actuelle, – et sa veine est loin d’être tarie ! – est l’auteur de quelque cent volumes. Or, le Jury vient de nous révéler un Simenon nouveau ! Les Dossiers de l’Agence O ne rappellent ni Maigret, ni les romans d’atmosphère qu’il nous a donnés jusqu’ici. Ce sont deux grandes nouvelles qui constituent un roman policier dans toute l’acception du terme, un roman policier dans la plus pure tradition du genre, et à ce point parfait que le raisonnement pour ainsi dire, seul, sert de trame à l’intrigue et étaie le récit. Les Dossiers de l’Agence O satisferont non seulement les plus difficiles mais, si l’on peut dire, les « enragés » du roman policier. Et je ne serais pas autrement étonné que ce petit livre ne devînt une sorte de « classique » du genre, au même titre et, peut-être, avec plus de raison que Le Meurtre de Roger Ackroyd.
A.V[ASSART]. (Mon Copain)

Deux mois plus tard, « Le Jury » n° 26 propose L’Homme tout nu, une nouvelle faisant également partie de la série des Dossiers de l’Agence O. (« Police-Roman » n° 127 du 9 mai 1941) à laquelle vient s’ajouter Les Deux Solitaires, une nouvelle de Stanislas-André Steeman.

Cette fois, la presse apprécie plus franchement :
N° 28
   « Dans son premier Jury : Les Dossiers de l’Agence O, Simenon était en rodage. Il s’essayait à un nouveau type de roman policier, plus animé, moins soucieux d’atmosphère que les Maigret. Il campait de nouveaux personnages. C’était du bon roman policier, mais, de Simenon, nous pouvions en exiger d’excellent... Eh bien, voilà qui est chose faite ! Le rodage de la machine simenonesque est terminé. L’Homme tout nu est une œuvre parfaite et M. Émile, un détective suprêmement intelligent. Il va chercher dans le subconscient des hommes la préméditation de leurs actes futurs. Essayez de rivaliser avec lui en astuce !... » 
E.M. (Le Pays réel)

Enfin, un troisième et dernier fascicule signé Simenon sort quelques mois plus tard. C’est le n° 38 intitulé Les Silences de Maigret, un titre de circonstance qui recouvre deux nouvelles publiées dans « Police-Film » et qui font partie de la série « Les Nouvelles Enquêtes de Maigret ». La couverture représente l’acteur Harry Baur en interprète de Maigret dans le film La Tête d’un homme de Julien Duvivier (1932).
Ici encore les illustrations de Raymond Moritz ne sont pas reprises.Les deux nouvelles sont :

Mademoiselle Berthe et son amant (« Police-Film » n° 1, [avril] 1938) dans laquelle Steeman a inséré un encart à la fin du chapitre III :

   « Jury !
Le commissaire Maigret a débrouillé l’énigme.
Et vous ?... »

puis Stan-le-Tueur (« Police-Film », n° 35, 23 décembre 1938) où apparaissent trois encarts successifs dans le chapitre III :

   « Premier avertissement au Jury
Jurés, vous avez participé à l’enquête du commissaire Maigret.
Qui est Stan-le-Tueur ?

Deuxième avertissement au Jury
Êtes-vous également convaincus de la culpabilité de
Michel Ozep ?
Dans la négative, qui, à votre avis est Stan-le-Tueur ?

Troisième et dernier avertissement au Jury
Le dénouement est tout proche...
Jurés, vous devez savoir, maintenant, qui est
Stan-le-Tueur. »

Et toujours les critiques recueillies dans la presse :
N° 41
   « Le Jury s’est montré particulièrement accueillant aux débutants, – trop accueillant, nous l’avons déjà dit. On s’en aperçoit d’autant mieux lorsqu’on lit successivement La Mort dans l’abri, par Marcel Verbruggen, et Les Silences de Maigret. Le second, qui n’est pourtant pas un grand Simenon – je veux dire une œuvre de l’importance de L’Homme qui regardait passer les trains, de L’Assassin, de Bergelon et tutti quanti – témoigne, malgré tout, d’une facture si parfaite qu’on reste confondu de l’habileté de notre célèbre compatriote ! Au reste, La Mort dans l’abri n’est pas tout à fait sans qualités, mais le style est trop souvent malhabile et l’intrigue un peu simpliste : deux défauts qu’il faut évidemment attribuer à la jeunesse de l’auteur et, comme je le disais, à son manque de métier. Peut-être fera-t-il mieux la prochaine fois. Faisons-lui confiance... Quant à Les Silences de Maigret, n’hésitez pas à le lire..., si vous ne l’avez pas déjà fait. C’est un bon, c’est un excellent Jury. Un Jury 100 % et qui, à coup sûr, ne décevra personne ! »
A.V[ASSART] (Mon Copain)

   « Un nouveau Simenon vient de paraître dans Le Jury. Il est constitué par deux grandes nouvelles où l’on retrouve une fois de plus la manière traditionnelle de Simenon. La première L’Amant de Mlle Berthe 21 [sic], manque un peu de consistance. Mais la seconde, Stan-le-Tueur, est bâtie sur une intrigue assez ingénieuse. Son développement nous vaut quelques bons passages à l’avant-plan desquels se manifeste l’épaisse silhouette du commissaire Maigret. Celui-ci continue imperturbablement à travailler selon les impressions qu’il tire du milieu dans lequel il évolue. C’est du Simenon moyen qui satisfera certainement les lecteurs du Jury. »
P[aul] K[INNET]. (Le Soir)

   « Si elle se fait volontiers accueillante pour les travaux de nos jeunes auteurs belges de romans policiers, la collection Le Jury ne déteste pas, à l’occasion, de se réclamer de la collaboration d’un des as de la spécialité. Georges Simenon en est un sans discussion possible. Les coupeurs de cheveux en quatre diront de ses romans ce qu’ils voudront, il n’en restera pas moins que ses œuvres, quelles qu’elles soient, accrochent immédiatement l’intérêt du lecteur par un ensemble de qualités trop longues à énumérer et qui tiennent tout autant à la forme qu’à l’atmosphère des « Simenon »... Les Silences de Maigret réunissent, dans le fascicule no 38 de la collection, deux nouvelles inédites dont est le héros placide et facile le toujours jeune commissaire Maigret. Sans doute l’intrigue de ces deux récits n’a-t-elle rien du casse-tête chinois. N’empêche que ce soit là du tout bon Simenon et que Mlle Berthe et son amant et Stan-le-Tueur ne jureront pas au milieu des titres d’une collection qui se veut éclectique et dont on suit, avec une sympathie grandissante, les méritoires efforts... Comme de coutume, Le Jury est présenté sous une luxueuse couverture en couleurs qui ajoute encore aux mérites de cette publication. »
A. VASSART (La Gazette de Charleroi)

Après la presse, voici enfin les avis contrastés des lecteurs disséminés dans la rubrique « Où les jurés jugent le Jury ». Reproduits ici tels quels, ils nous donnent un bon éclairage de la réception des textes par les amateurs de l’époque.
Notons quelques signatures qui, plus tard, acquerront une certaine notoriété. C’est notamment le cas du critique et romancier Maurice-Bernard Endrèbe, du pataphysicien André Blavier, fondateur de la revue Temps mêlés, et de l’auteur de contes fantastiques, Gérard Prévot.

N° 23
   De René De Martelaere. – Les deux derniers Jury m’ont enthousiasmé ! [...], celui de Simenon, le plus bel éloge que j’en puisse faire, c’est que j’y ai revu mon Simenon, celui de La Maison du canal, de Liberty-Bar et de L’Homme qui regardait passer les trains, celui qui, par quelques traits, excelle à créer une atmosphère vivante ou qui, en une ligne, vous trace un admirable portrait psychologique du per-sonnage.

   De Roger Minne. – [...] Simenon m’a extraordinairement déçu. Il n’en reste pas moins, avec Steeman, le maître incontestable du roman policier, mais son Agence O, son Émile et la bande ne valent vraiment pas le déplacement Cité Bergère. Je sais que mon avis impartial va susciter bien des réactions. Loin de moi, d’ailleurs, l’idée de blâmer Simenon que j’ai admiré dans beaucoup de ses livres – entre autres : L’Homme qui regardait passer les trains – mais, sans aucune prétention, j’y ai découvert maintes erreurs de style, de subjonctifs pour la plupart (ah, ces subjonctifs !), ce qui m’a grandement étonné. Vous me permettez de critiquer, n’est-ce pas ? C’est mon devoir de Juré, n’est-il pas vrai ? Aussi ajouté-je avec hâte que ce roman ne m’a pas plu parce que Simenon sait faire mieux, beaucoup mieux, mais qu’il compte néanmoins, parmi les meilleurs Jury parus jusqu’ici.

N° 28
   De Maurice-Bernard Endrèbe, Paris – [L]a meilleure (couverture) est celle de Les Dossiers de l’Agence O, bien entendu ! Mais j’ignorais que vous fussiez gaucher ! Puisque nous y sommes, parlons un peu de cette Agence O qui m’a fait d’avantage penser à du Charteris qu’à du Simenon. [...]

   De Roger Peereboom, Ganshoren – [...] Quant à Simenon, il m’a profondément déçu. Pas que son dernier roman Les Dossiers de l’Agence O, soit foncièrement mauvais, mais pour un maître du « policier », ce n’est vraiment pas assez. Gageons que, dans ses prochains Jury – et j’espère bien qu’il y en aura plusieurs – notre fécond compatriote servira une intrigue un peu moins pauvre et un tantinet plus soignée.

   D’André Blavier, Stavelot – Je suis un lecteur habituel de votre collection Le Jury. Plusieurs de vos romans m’ont bien plu et, à mon avis, le meilleur de ceux-ci est Les Dossiers de l’Agence O, de Simenon. L’auteur de cet ouvrage, en tant que bon écrivain, fait également preuve d’une documentation solide en matière policière, chose qui manque à bon nombre de vos collaborateurs [...].

N° 31
   De Guy Bloch, Anvers. – [...] Simenon, voyez-vous, m’a beaucoup déçu. Si son style est toujours resté le même, l’atmosphère de ses récits, par contre a changé : c’est regrettable ! Espérons que Les Silences de Maigret nous le rendra tel qu’auparavant.

N° 38
   De Guy Lammertyn, Courtrai. – [...] Est-ce vous, monsieur Steeman, qui avez posé pour la couverture de Les Dossiers de l’Agence O ?
   (Steeman répond) « Oui, il faut bien quelquefois payer de sa personne. »

   De Ray Van Goethem, Anvers. – [...] Suite au dernier « Musée des horreurs », lu dans La Guinguette à deux sous, par Simenon : « Oui... Avant, j’étais même un amateur de pipes enragé. » Il y a des héros de Simenon qui reviennent d’étranges égarements.

N° 41
   De Roger Peereboom, Ganshoren. – [...] J’ai retrouvé avec plaisir Maigret et ses sympathiques subordonnés. J’ai admiré la souplesse du style, j’ai déploré la pauvreté de l’intrigue. J’ai enfin classé Les Silences de Maigret parmi la bonne moyenne de romans parus au Jury.
  De André Meerts, Bruxelles. – [...] Les Silences de Maigret n’aura pas réhabilité Simenon aux yeux des Jurés entichés de l’ancien Simenon « atmosphériste » quant à moi, je trouve le roman moyen. Et je crois n’étonner personne en disant : le vrai Simenon, « le nôtre », est perdu.
   De Roger Lengeles, Ganshoren. – [...] Je viens de lire Les Silences de Maigret. C’est pas mal, mais Simenon se bornera-t-il toujours à de petites nouvelles agréables, sans plus ?
   De Francis Étienne, Liège. – Lu le n° 38. Je dois vous dire que j’ai été déçu ! Voilà le troisième Simenon édité par Le Jury et, à mon humble avis, ce sont trois navets. Simenon aurait-il vu ses qualités s’atrophier au point de ne plus pouvoir écrire un roman de trente pages ? Ces deux nouvelles, comme celles de Les Dossiers de l’Agence O, ne m’ont guère plu. Voyons, monsieur Simenon, un effort, que diable, sinon vous risquez fort de vous voir dépasser par des Dambermont et autres Thomas Owen. Évidemment, je sais que j’aurai nombre de lecteurs du Jury contre moi, sans doute parce que Simenon est « Simenon ». Je suis sûr que ce n° 38, pu-blié sous un autre nom, aurait trouvé plus de détracteurs que signé de Simenon. Enfin, Le Jury reste quand même notre meilleure collection de romans policiers !

N° 42
   D’André Gauthier, Bruxelles. – [...] Les Silences de Maigret est très bien réussi ; un seul défaut, à mon avis, c’est que Simenon nous présente un autre Maigret ; habituellement, il nous le représentait mâchonnant une cigarette [sic] ; cette fois-ci, il nous le représente une pipe en bouche ; Maigret aime-t-il les lubies ? Demandez cela, s’il vous plaît, à M. Simenon.
  De Henri Pluzny, Bruxelles. – Lecteur assidu de Simenon, je suis fort étonné de ne pas avoir retrouvé son talent habituel dans aucun des Jury qu’il a écrits !

N° 50
   De Herbert Tinner, Bruxelles. – [...] Les Silences de Maigret : indigne de l’auteur de Les Suicidés et de L’Homme qui regardait passer les trains ; on y retrouve mal la célèbre atmosphère du « géant belge ».
   De Gérard Prévot, Courtrai. – Ce me serait une joie de voir insérer dans un prochain n° de votre collection, l’avis suivant : le dernier Simenon paru au Jury prouve clairement que la littérature « policière » n’est qu’une forme vague de la bonne littérature. Il s’agit de Les Silences de Maigret. Il est à noter que c’est tout le roman policier lui-même que je dénonce.

N° 51
   De Marius Tratel, Bruxelles. – [...] Un mot maintenant sur Georges Simenon : il me semble qu’un « producteur en série » comme lui aurait bien pu nous donner un récit un peu plus étoffé que ses dix-neuf pages du n° 26, et que ses deux petites nouvelles des nos 22 et 38. Serait-il à court de souffle ?


Enfin, Simenon est également présent dans des rubriques ou études qui ne concernent pas directement les fascicules publiés sous son nom.

Ainsi, dans son numéro 32, « Le Jury » publie un long article de Jules Stéphane 22 , « Genre policier, genre mineur ? », dans lequel l’auteur précise les différences essentielles qui, selon lui, caractérisent l’univers et le style de Simenon et de Steeman. En voici un extrait :

   « [...] À la tête de la production de langue française figurent, depuis quelques années, deux Belges. L’un œuvre en France, l’autre est demeuré chez nous. Nous voulons parler de Georges Simenon et de Stanislas-André Steeman.
Le premier a résolument abandonné le magasin des accessoires [...] pour reprendre les choses par le début. Il s’est mis à écrire des romans dans lesquels évoluaient des hommes et des femmes appartenant à un monde petit bourgeois qui le tentait particulièrement. Il s’est préoccupé de leur restituer leur atmosphère ; de faire rigoureusement vrai, quotidien même ; de modeler ses personnages jusqu’à les rendre familiers au lecteur. En plus de cela – et accessoirement, serait-on tenté de dire – il a donné à l’histoire un canevas d’aventure de police.
Le succès des « Enquêtes du commissaire Maigret » démontre à suffisance que les passionnés du roman policier se passionnent d’autant plus que celui-ci s’écarte plus résolument des caractéristiques qui l’ont rangé trop souvent dans les « genres mineurs ».
Steeman est aussi différent de Simenon que son héros, M. Wens, l’est du commissaire Maigret. Lui aussi cependant a repris la question à son début, mais par un autre bout. Il n’a pas aussi résolument que Simenon tourné le dos aux accessoires classiques du roman policier, il n’a pas cherché à faire « criant de vérité », mais il s’est attaché – plus peut-être que Simenon – à « écrire » ses romans. Il a su donner comme cadre à ses aventures policières des mondes inattendus et à ses personnages des complexes psychologiques surprenants. La vraisemblance chez lui devient secondaire alors que toute séparation d’avec « le normal », le « quotidien » constituerait une catastrophe chez Simenon.
Steeman n’est pas tenté par le milieu « que l’on voit tous les jours » dont se sert Simenon, il veut des gens rares, des atmosphères originales, il adore les romans dans lesquels plane une poésie étrange, un peu déconcertante. Ces quelques mots, qui ne s’appliquent d’ailleurs pas rigoureusement à toutes les œuvres de Steeman, suffisent pour faire sentir qu’il poursuit, comme Simenon, des buts littéraires. Ce qui, précisément, est totalement absent des préoccupations des nonante-cinq pour cent des fabricants de romans policiers. [...] »

Steeman, quant à lui, s’interroge dans sa préface à Miracles, un roman du même Jules Stéphane :


   « Les deux genres – roman psychologique et roman policier – sont-ils donc incompatibles ? Un « policier » ne saurait-il nous apporter à la fois cette distraction, cet amusement que l’on attend par définition du roman, et ces satisfactions spirituelles, plus profondes, plus durables, que l’on attend par définition de l’œuvre d’art ?...
Un Francis Iles, un Bruce Hamilton, un Simenon – dans ses meilleures œuvres – ont déjà répondu par l’affirmative. [...] »

Le n° 35 reproduit un article de Paul Kinnet 23 « Jouez-vous aux romans policiers ? » extrait du Bulletin des Lettres d’avril 1942.

   « [...] Puis, aux frontières du roman policier et du roman psychologique il faut remarquer quelques autres œuvres qui doivent beaucoup à la littérature policière et qui ne sont pas à dédaigner : [...] Simenon lui-même dont l’immense production laissera quelque chose à notre histoire littéraire, tous ont leur place dans la littérature du XXe siècle.
[...] Car, à côté du roman policier pur, est née toute une littérature qui s’y rattache et qui s’en réclame, en ce sens qu’elle trouve sa substance dans les aspects psychologiques de la criminologie. Certaines de ces œuvres restent dans les limites du jeu : elles posent un problème et demandent au lecteur de le résoudre. Mais ce problème n’est plus nécessairement basé sur quelques éléments matériels, sa solution n’est plus affaire de raisonnement : elle réclame une certaine dose d’intuition et la compréhension exacte de la psychologie des personnages telle que la fait apparaître l’auteur. « Les enquêtes du commissaire Maigret » permettent de classer Georges Simenon parmi les auteurs les plus caractéristiques de cette tendance. [...] »

André-Paul Duchâteau, qui est le benjamin du « Jury », a seize ans et demi lorsque son premier roman Meurtre pour meurtre est publié dans le n° 29 de la collection. Il récidive dans le n° 39 avec Tout ou rien duquel nous extrayons ce court dialogue :

   « [...] Les livres empilés sur le lit semblaient littéralement fasciner Cigale ;
— Vous permettez, Walter ?
Walter [...] pensait : « Il passe en revue chacun des livres. Il ne lit que les titres, comme il ne lit peut-être, dans les journaux, que les manchettes... »
Quartier nègre, de Simenon... L’Assassin par Georges Simenon... Simenon : L’Homme qui regardait passer les trains... Le Haut Mal, de Georges Sim...
Cigale marqua quelque étonnement :
— ... Tous des Simenon ?
— Rien que des Simenon.
Cigale prit un air entendu :
— Question d’inspiration, sans doute ?
— Au contraire... Question de non-inspiration. [...]
— Oui, de non-inspiration. Je lis tous les livres de cet auteur afin de...
— Afin de vous en inspirer ? [...]
— ... Au contraire, je vous l’ai déjà dit : afin d’éviter de m’en inspirer... [...] J’essaie de me libérer de toute influence étrangère pour arriver à me forger un style qui me soit personnel... »


3. JE T’AIME, MOI NON PLUS...


Malgré une évidente bonne volonté réciproque, des tiraillements ne peuvent manquer de survenir et surviennent effectivement entre les deux auteurs élus du public.
Citons d’abord André-Paul Duchâteau qui relate, dans son ouvrage consacré à Steeman 24 , l’appréciation admirative de l’écrivain pour Simenon :

« Comme il était prolifique, ce Steeman de vingt-trois ans ! Il continuait à collaborer au quotidien La Nation Belge, il avait signé avec le directeur du Masque un traité qui l’amenait à écrire quatre romans par an, et il enviait cependant le rythme étonnant d’un autre écrivain liégeois célèbre, Georges Simenon, duquel il déclarait avec enthousiasme :

   "C’est un as ! Je l’aime beaucoup. Je l’admire. Il possède un prodigieux don de vie et il s’entend à créer l’atmosphère comme personne. Grâce à son yacht, l’Ostrogoth, il voyage facilement et écrit ses romans sur place. C’est pourquoi le décor, dans ses livres, prend une valeur singulière."  »

Déjà une polémique potentielle semble cependant avoir été désamorcée par Simenon, si l’on en juge par la lettre suivante qui date vraisemblablement de 1931 et qui fait état d’un article que l’on n’a pu retrouver :

   « Mon cher confrère,
Votre mot m’a ravi d’autant plus que j’allais vous écrire. Je n’attendais qu’une chose : trouver votre adresse. En effet, parmi les échos plus ou moins rosses que l’on fait paraître sur moi, il en est un où on vous met en cause et où on me fait tenir des propos ahurissants sur votre compte. Inutile de vous dire que, comme la plupart de ces échos de cette sorte de journaux, c’est de la fantaisie pure et que je n’ai jamais eu l’occasion de parler de vous à des confrères – pour l’excellente raison que je n’en rencontre aucun.
Merci de votre article. Je n’ai pas encore eu le temps de vous lire, ayant voyagé tous ces derniers temps mais je vais me plonger à mon tour dans vos romans.
Croyez-moi, je vous prie, très cordialement vôtre
yacht Ostrogoth G. SIM
Ouistreham, Calvados »

En 1932, Steeman dans un texte intitulé « Contribution à l’analyse du roman policier » , publié dans La Revue Sincère, s’autorise cette appréciation :

   « [...] M. Georges Siménon [sic], un Liégeois, qui a entrepris de publier un roman par mois et s’en tire tout à son honneur, encore que ses mérites soient uniquement d’ordre littéraire. Son commissaire Maigret est trop « Français-moyen » pour faire travailler les imaginations et M. Siménon [sic] sacrifie trop facilement son intrigue à l’atmosphère. " Atmosphère un peu terne de fait divers dominical ", écrit M. Crouzet 25 . »


Et le 30 novembre 1941, « Le Jury » n° 28 publie une interview de Stanislas-André Steeman par Paul Kinnet à Radio-Bruxelles, dont voici un passage :

   « Q. : [...] Il y aura toujours un moment où [l’auteur] amateur deviendra spécialiste. Parmi vos auteurs, quels sont ceux que vous considérez comme tels ?
St.-A. S. : Je ne citerai Simenon que pour mémoire... À part lui je considère comme spécialistes Paul Max, Roger Jacquart, Louis-Thomas Jurdant, Marine et vous-même, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. »


À la même époque, l’excellent critique Robert Poulet 26 s’exprime sur le roman policier en général et sur les talents respectifs de nos deux auteurs dans sa rubrique « Les Lettres françaises » que publie le Nouveau Journal du 26 novembre 1942 :

   « Considérons simplement parmi les « policiers » récemment parus, ceux qui ont le droit, toutes proportions gardées, de se réclamer de la même activité humaine que Les Affinités électives et que Le Père Goriot.
C’est tout de même le cas des livres de Stanislas-André Steeman. Sans doute l’auteur de Six hommes morts absorbé par le souci d’une production incessante, n’a-t-il guère le temps de chercher des sujets neufs, ni des façons inédites d’aborder l’éternelle histoire d’assassinat et d’enquête, avec rebondissements, qui constitue le poncif invariable du roman détective. Sans doute notre ingénieux compatriote ne s’est-il pas encore offert le luxe d’un livre entièrement conçu selon ses préférences et intuitions. Les quelque trente volumes qui portent sa signature ne contiennent pas une page vulgaire ; mais pas davantage une trouvaille extraordinaire, qui fasse date ; comme celles qui caractérisent Rafles, L’Aiguille creuse ou Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le motif en est, selon moi, qu’il s’astreint trop scrupuleusement à « jouer le jeu » du genre policier, lequel jeu n’est plus aujourd’hui qu’un fatras de recettes gratuites et de traditions fatiguées.
L’expérience de ces vingt dernières années démontre qu’en cette matière il n’y a de recours que dans la fantaisie : il faut tricher... Georges Simenon fut un des premiers à le comprendre ; son œuvre vaut même dans la mesure où il traite les fameuses règles du jeu par-dessous la jambe. Je souhaite que l’inventeur de M. Wens imite cet exemple, ne fût-ce qu’à ses moments perdus. Je le crois très capable de quelque Coup de lune ou Fou de Bergerac dans lesquels la sempiternelle énigme « Qui a tué ? Comment ? Pourquoi ? » passe au second plan, au bénéfice d’une certaine aura poétique et d’une certaine connivence humaine. »

En cette même année 1942, Steeman publie une nouvelle édition de son roman Les Atouts de M. Wens 27 dans la collection « Le Masque ». À cette occasion, son confrère, Charles Bronne 28 (à ne pas confondre avec Carlo Bronne), qui a publié Le Mystère de la maison Porquin dans « Le Jury », signe une critique dans laquelle on relève :

   « Alors que M. Simenon paraît à bout de souffle, M. Stanislas-André Steeman poursuit la série de ses romans policiers. Celui-ci est particulièrement bienvenu. »

C’est toutefois dans le cadre de l’industrie cinématographique que, par presse interposée, les relations se détériorent sensiblement. Le film d’Henri-Georges Clouzot L’assassin habite au 21 sort sur les écrans le 6 août 1942 et rencontre un énorme succès.
L’hebdomadaire parisien Toute la vie publie, en mars 1943, un article signé Ch. G., dont le paragraphe suivant ne reste pas sans suites :

   « [...] Cependant, une récente information nous laisse supposer une prochaine collaboration Simenon-Steeman. Celle-ci portera sur une rivalité entre le gros bonhomme et commissaire Maigret et le tout fluet Wens qui, en cette occasion, redeviendra l’aventurier qu’il est en réalité. »

Et en octobre, dans l’hebdomadaire bruxellois Elle et lui 29 , Steeman confime implicitement en répondant dans le cours d’une interview :
   « Elle et lui — [...] Dites-moi un mot de vos projets, voulez-vous ?
St.-A. Steeman — [...] Je voudrais encore dessiner, c’est ma marotte. Et puis, je m’inquiéterai des chances qu’aura le troisième film de M. Wens de voir le jour. Vous savez que M. Wens (Pierre Fresnay) et Maigret (Albert Préjean) y seront réunis. [...] »

Conséquence immédiate (?), nous apprenons grâce à Pierre Assouline qui a eu accès aux archives privées de Simenon à Lausanne que, le 17 octobre, dans une lettre à sa mère, Simenon qui a sans doute été informé du projet s’exprime sans complaisance sur son compatriote Steeman et ne veut voir en lui, fort injustement d’ailleurs, « qu’un pauvre petit imitateur 30 ».

Trois mois plus tard, l’information confirmée dans Elle et lui est relayée par l’hebdomadaire bruxellois L’Illustré 31 qui annonce en première page dans un encadré :

   « MAIGRET CONTRE WENS
OU LA PROCHAINE RIVALITÉ ENTRE
PIERRE FRESNAY
ET ALBERT PRÉJEAN »

et titre son article :

   « UN ÉVÉNEMENT
CINÉMATOGRAPHIQUE
EN 1944
WENS CONTRE MAIGRET
OU LA RIVALITÉ
PIERRE FRESNAY-ALBERT PRÉJEAN »

dans lequel on peut lire :

   « Parmi les nombreuses bandes cinématographiques que l’on nous présente pour l’année 1944, il en est une qui possède suffisamment de pôles attractifs pour retenir notre curiosité. Non point que nous soyons déjà amenés à en vanter les charmes à titre anthume, mais bien parce que leurs personnages de premier plan sont intimement connus du grand public et fort appréciés.
Albert Préjean et Pierre Fresnay vont donc se trouver face à face, chacun dans son rôle : commissaire Maigret contre détective Wens. Voilà qui comblera d’aise les milliers d’adeptes du roman policier et du film « idem ».
Dans L’assassin habite au 21, nous avons eu déjà l’occasion d’applaudir l’excellente interprétation réalisée par Pierre Fresnay dans le rôle du détective Wens. D’autre part, Albert Préjean nous a fait apprécier ses talents dans la peau du commissaire Maigret. Un commissaire Maigret qui nous a quelque peu étonnés par son élégance et par sa prestance si différente de la description que nous en avait faite Georges Simenon. »

L’Illustré, n° 7 du 4 janvier 1944.
   « Au lieu du gros homme moustachu et couvert d’un chapeau melon, Préjean nous a donné dans Picpus la vision d’un élégant policier.
Et voici donc nos deux « Sherlock Holmes » aux prises dans le même film, ce qui nous promet bien du plaisir. »

Or, cinq jours auparavant, le quotidien L’Avenir 32 a publié une interview de Georges Simenon par André Voisin, un ancien collaborateur du « Jury » qui lui a rendu visite en Vendée :

    « — On a annoncé un film où Maigret serait aux prises avec M. Wens...
— Jamais !
Simenon soudain semble piqué au vif. Il se lève, rallume sa pipe.
— C’est un bruit que vous démentirez catégoriquement. Il n’y aura pas de Maigret contre M. Wens... Il n’y en aura jamais... » 

Résumons :
– Mars 1943 : un projet de collaboration est annoncé dans Toute la vie.
– 1er octobre 1943 : Steeman confirme un projet de film dans Elle et Lui.
– 17 octobre 1943 : lettre de Simenon à sa mère dans laquelle il qualifie Steeman de « pauvre petit imitateur ».
– 30 décembre 1943 : le projet est formellement démenti par Simenon dans L’Avenir.
– 4 janvier 1944 : L’Illustré en retard sur l’information, confirme le projet.
Fin de l’épisode ?
Ce n’est pas certain car il existe pourtant bien un film réalisé en 1952 par Henri Verneuil dans lequel on peut voir M. Wens interprété par Raymond Rouleau et Maigret campé par Michel Simon. Les deux personnages ne sont jamais présents simultanément à l’écran. Il s’agit en effet du film à sketches Brelan d’as, d’après des nouvelles de Stanislas-André Steeman (L’Alibi de M. Wens adapté d’un chapitre de Six hommes morts, lui-même tiré d’une nouvelle intitulée Le Mort dans l’ascenseur), Georges Simenon (Les Témoignages d’un enfant de chœur d’après Le Témoignage de l’enfant de chœur) et Peter Cheney (Moi, j’ai le cœur tendre). L’affiche du film réunit cependant « le séduisant » M. Wens et Maigret qui se côtoient sans aménité apparente.
Quand on connaît la longue gestation des films avant leur apparition à l’écran, il est permis de se demander si ce n’est pas l’avant-projet de ce qui deviendra Brelan d’as qui a entraîné la polémique de 1943...

Enfin, dans Jeunesse nouvelle du 24 décembre 1944, sous la signature d’un certain Charles Paul, on découvre une nouvelle comparaison pertinente entre Steeman et Simenon :

   « On pénètre un roman de Steeman avec certitude, en « policier calé » et intelligent, qui voit tout et ne dit rien. On est certain de parvenir au but. Avec Simenon, au contraire, on craint un piège. Il y a de l’obscurité, on ne sait jamais d’avance ce qu’il se passera. On émerge dans un monde nouveau. Et c’est par là que Simenon dépasse Steeman. C’est qu’il est poète dans ses romans. Un poète qui s’est diablement commercialisé, hélas ! Et c’est par là que Steeman dépasse Simenon. C’est qu’il ne sacrifie pas au public. De toute façon, avec eux le roman policier a quitté sa place secondaire – de roman mineur – qu’il occupait pour accéder au rang des romans en général.
Stanislas-André Steeman a passé huit jours à Paris. En Belgique, Steeman a la notoriété de Georges Simenon en France. C’est le grand spécialiste du roman policier avec le nom de l’assassin en dernière page. C’est lui qui inventa le type du commissaire Wens que l’on vit à l’œuvre dans Le Dernier des six 33 et L’assassin habite au 21.
D’ailleurs le voyage à Paris de S.A. Steeman était surtout motivé par les exploits extrajudiciaires de M. Wens.
Effectivement le récit des aventures de ce dernier avait été acheté en exclusivité par la firme Continental. Dès la Libération, l’Administration des Domaines en France mit arrêt sur le contrat et sur la suite des péripéties du perspicace commissaire.
Mais, contrairement à Simenon, qui partit pour l’Amérique en abandonnant Maigret, S.A. Steeman n’est pas un ingrat. Il ne voulut pas laisser tomber le personnage qui l’aida à devenir célèbre. Le romancier vient de racheter les droits d’exploitation de M. Wens pour la coquette somme de 3 millions. »

Dans Crimes à vendre 34, un roman publié en 1946, Steeman ironise sur certains de ses collègues, et on y découvre notamment un « M. Sinemon [qui] exprimait l’intention d’écrire durant son prochain week-end un roman intitulé : L’assassin est dans la lune 35 ».

Lorsqu’en 1947, Clouzot présente son désormais fameux Quai des Orfèvres, librement inspiré du roman de Steeman Légitime défense, un article élogieux publié à Paris dans Qui ?, le 13 novembre 1947, se termine comme suit :

   « [...] Simenon, constituant un « cas », à égale distance du romancier « criminel » et du romancier tout court, nous n’hésitons pas à écrire que Steeman, par son style, l’ingéniosité de ses intrigues, la valeur littéraire de ses personnages et son constant renouvellement, est le premier des auteurs policiers de langue française.
Le plus vexant pour notre amour-propre national, c’est que, à l’instar de Simenon, il est de nationalité belge !
La presse poursuit inlassablement ses rapprochements. Donnons encore deux derniers exemples :
[...] Le bon auteur de romans policiers va donc s’efforcer d’abord d’imaginer une situation d’abord inédite, des circonstances qui ne donneront pas au lecteur l’insupportable sentiment de déjà lu. En évitant, comme il se doit, de tomber dans l’extravagance (mystères exotiques, fantômes ou que sais-je encore ?) ou, par une maladroite disposition des éléments, dans l’incohérence. Chaque circonstance doit trouver sa place dans le plan général avec la même nécessité, la même précision que, dans une montre suisse, chaque roue dentée. Pas de rouage inutile, pas de rouage non plus qui s’engrène imparfaitement dans les autres.
Voilà pourquoi Georges Simenon, qui est un grand romancier, écrit de si piètres romans policiers (quoi qu’on dise) et pourquoi Stanislas-André Steeman prend place, à mon avis tout au moins, parmi les meilleurs du monde en la matière. Presque chacun de ses romans témoigne de ce souci d’originalité, et s’il ne reste pas toujours vraisemblable (mais la vie elle-même est-elle toujours vraisemblable ?) il évite avec adresse, cependant, le tragique écueil de l’extravagance. »
Peter PAN, alias Jean Falize, Pan, Bruxelles, juin 1946.

   « Avec Maigret a peur, Simenon a écrit un véritable roman d’énigme, dont la solution est fort astucieuse. Le seul ennui c’est qu’un autre Belge, Steeman, avait déjà – et beaucoup plus brillamment – traité le même sujet. Nous ne vous dirons pas dans quel roman, car son titre 36 seul suffirait à déflorer l’intrigue de Simenon tandis que Steeman avait réussi là un de ses meilleurs tours d’escamotage. Cependant, comme les nouvelles générations de lecteurs peuvent ignorer ce fameux roman de Steeman, vieux de vingt ans et qu’on n’a pas réédité depuis longtemps, elles suivront sans doute avec intérêt cette enquête inattendue de Maigret qui se déroule à Fontenay-le-Comte. »
Détective, Paris, 7 septembre 1953.

À cette époque, Simenon séjourne aux États-Unis mais, en mars 1952, il embarque à New York pour effectuer un grand périple en Europe. Il est reçu triomphalement « à Paris où interviews, cocktails, déjeuners et dîners, séances de dédicaces et réceptions diverses vont se succéder à un rythme effréné, [...] réception officielle au 36 quai des Orfèvres, [...] reconstitution, rue Vavin, du fameux “Bal anthropométrique” de 1931. Le 29, dîner chez Lapérouse et remise du prix du Quai des Orfèvres 37... »

Le 25 mars, les membres du Club de l’Aventure se réunissent pour fêter son retour. Steeman qui réside alors à Menton n’a pas pu se rendre à cette invitation, mais il conserve la carte signée par l’ensemble de ses confrères présents à cette réunion : Pierre Boileau, Jacques Decrest, Pierre Nord, Albert Pigasse, Maurice Renault, Pierre Véry et... Georges Simenon qui, à cette occasion, lui adresse un dernier signe.

Dans une interview 38 accordée en 1959 au journaliste Marcel Rovere, Steeman précise :
   « — [...] Georges et moi, tous deux nés à Liège, nous avons la même initiale, notre personnage principal également (Maigret et Malaise), nous avons le même nombre de lettres dans notre nom, nous avons tous deux été mariés et remariés et nous avons eu le même professeur de français en Belgique : M. Léon Debatty. »

Plus tard il devance les questions de Luc Lados qui l’interroge sur ses goûts littéraires et ses influences :

   « — [...] Dites, c’est étonnant que vous ne m’ayez pas demandé ce que je pensais de Georges Simenon. Vous brûlez de me le demander...
— ...
— Eh bien, je vais vous le dire. Il est mon concitoyen et mon aîné de trois ou quatre ans. J’ai une très grande admiration pour lui. Je crois que c’est l’un des plus grands romanciers contemporains. Il lui arrive d’écrire comme un cochon, parce qu’il écrit trop, nous en avons parlé tout à l’heure. Mais il a écrit une série de bouquins positivement remarquables. Ce ne sont pas les plus connus nécessairement : Le Haut Mal, L’Homme qui regardait passer les trains, La Maison du canal. C’est un très grand bonhomme. J’ai quelque mérite à le dire, car, croyez-moi, on me pose si souvent la question qu’il y a des moments où j’éprouve l’envie de faire l’idiot : « Qui est-ce, ça, Simenon ? » Je ne le dis pas, car j’ai beaucoup d’admiration pour lui... »


En 1982, la Nuit des Césars rend un hommage au cinéma français en présentant une quinzaine de ses meilleurs films. Parmi eux, figurent des extraits de L’assassin habite au 21 et de Quai des Orfèvres. Stanislas-André Steeman n’est pas cité. Révolté par cette injustice, son fils Stéphane en fait part à Simenon qui lui répond le 16 mars 1982 :

   « Cher Stéphane Steeman,
Je me souviens de votre visite à Mougins. En effet, je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer votre père, mais nous nous sommes écris à l’époque où il a lancé un périodique bruxellois réunissant, si je ne me trompe, des nouvelles ou contes policiers et auxquels je crois avoir collaboré.
J’ai été étonné, moi aussi, qu’on ne le cite pas parmi les écrivains belges, surtout alors qu’on projetait des extraits de deux de ses films. Je ne les ai pas vus, pas plus que les miens, car je ne vais jamais au cinéma mais je sais que ce sont deux œuvres magistrales qui ont pris une place méritée dans le répertoire français.
Croyez-moi, cher Stéphane Steeman, affectueusement vôtre.
G. SIMENON »


Comme l’explique parfaitement Arnaud Huftier dans l’ouvrage qu’il a consacré à Steeman, ce dernier, comme Simenon, souffre d’une absence de légitimation littéraire et sa carrière peut être placée « à l’enseigne de ce lapsus commis par un certain Ch. G. dans la revue parisienne Toute la vie, en mars 1943 : “Steeman, le Simenon belge” ! Lapsus révélateur s’il en est (et repris dans France-Soir le 12 octobre 1950) [...] ».

Le parcours que nous avons tenté de retracer, en exhumant un maximum de documents jusqu’ici peu connus et largement dispersés, nous a permis de constater de nombreuses convergences dans l’approche du métier littéraire, à travers toutes ses déclinaisons.

Ces convergences ont, certes, parfois entraîné irritations et mouvements d’humeur dus aux susceptibilités, voire aux divergences d’intérêts, mais il est réconfortant de constater que, de façon récurrente et sur une période de plus de cinquante années, les lettres de Simenon traduisent une véritable estime pour son compatriote.

Quant à Steeman, dans une lettre adressée à son confrère Thomas Narcejac datée du 29 mars 1954, il s’exprime ainsi:
   « [...] Il y a chez vous, comme chez Simenon, un merveilleux “don de simplicité” [...] ».

Enfin, dans deux lettres privées et non datées adressées à son fils Stéphane, que l’on peut situer au début des années 1960, il renouvelle son admiration maintes fois exprimée et en termes non équivoques :

   « Oui, Simenon a l’air d’un type épatant ! J’ai d’ailleurs toujours beaucoup aimé ses livres, bien qu’on me reproche – sans en avoir l’air – de n’avoir pas sa prodigieuse facilité ! »

Puis dans une deuxième lettre :

   « Les meilleurs Simenon, à mon avis : L’Homme qui regardait passer les trains, Les Suicidés, La Maison du canal, Les Gens d’en face, La Vérité sur Bébé Donge, Le Haut Mal. »

Dont acte.


Michel Schepens

 

Note bibliographique 39. Pour en savoir plus sur Stanislas-André Steeman:

– Revue Énigmatika n° 6, « Le Dossier St. A. Steeman », Reims, [1977].
– Danny DE LAET, Stanislas-André Steeman. Tapuscrit inédit, 2 vol., ca 1980.
– Danny DE LAET, Les Anarchistes de l’ordre. Bruxelles, Recto-Verso, « Ides... et autres », n° 28-29, 1980.
– Luc DELISSE, Le Policier fantôme. Bruxelles, Librairie Pêle-Mêle, 1984.
– Jean-Baptiste BARONIAN, André-Paul DUCHÂTEAU, Maurice-Bernard EN-DRÈBE, Michel LEBRUN, Thomas NARCEJAC, Thomas OWEN et Fernand CHENEVAL (adaptation bé-dessinée de), Stanislas-André Steeman romancier du mystère. Bruxelles, Le Veilleur de nuit, 1987.
– Willy HERMANS, Petit dictionnaire des auteurs belges de littérature policière. Liège, Version Originale, 1989.
– André-Paul DUCHÂTEAU et Stéphane STEEMAN. L’écrivain habite au 21 – Stanislas-André Steeman. Ottignies, Quorum, 1998.
Stéphane STEEMAN. Inoubliables rencontres. Bruxelles, Éditions Ciné-Revue, 2005, pp. 127-134.
– Arnaud HUFTIER. Stanislas-André Steeman. Aux limites de la fiction policière. Paris, Encrage aux Éditions Les Belles Lettres, « Références », n° 20, 2006.

 

Notes

Notes
1. Froufrou, n° 241 du 13 juillet 1927.
2. Stéphane STEEMAN, Inoubliables rencontres, Bruxelles, Éditions Ciné-Revue, 2005, p. 133.
3. STANISLAS-GEORGES, Le Témoignage de la dame de cœur, Liège, Nostalgia, 2003. Évident clin d’œil à la nouvelle de Georges SIMENON Le Témoignage de l’enfant de chœur.
4. La Revue Sincère, Bruxelles, 15 décembre 1923. Revue littéraire fondée par Léon Debatty.
5. Idem, 15 décembre 1922.
6. Gazette de Liége, Liège, 22 décembre 1922.
7. Herman Sartini dit Sintair, romancier et journaliste, rédacteur au Soir et à La Nation Belge (1896-1969).
8. « Une intervieuw [sic] de M. Stanislas-André Steeman par André Guéry ».in Actualité, n° 7 du 15 juillet 1931, Anvers.
9. Stanislas-André STEEMAN, Le Mannequin assassiné, Paris, Librairie des Champs-Élysées, « Les Intégrales. S.-A. Steeman » t. 1, chap. 15, 1991, p. 1128 (paragraphe extrait du chapitre V de Georges SIMENON, Au Rendez-vous des Terre-Neuvas).
10. Stéphane STEEMAN, Inoubliables rencontres, idem, p. 128
11. Danny DE LAET, tapuscrit inédit, chapitre VI (voir la bibliographie à la fin de cette étude).
12. « Georges Simenon, “Les films policiers” » in Pour Vous, Paris, n° 200 du 15 septembre 1932, p. 8.
13. Roman policier de Claude Aveline (1901-1992) publié chez Grasset en 1932.
14. Louis Dumont-Wilden (1875-1963), journaliste et écrivain belge, né à Gand.
15. André-Paul DUCHÂTEAU et Stéphane STEEMAN, L’écrivain habite au 21, Ottignies, Quorum, 1998, pp. 48-49.
16. Extrait de la quatrième de couverture du « Jury » n° 1.
17. Louis-Thomas Jurdant, (1909-1982), romancier, poète, essayiste, auteur de romans policiers.
18. Thomas Owen, (1910-2002), a débuté dans « Le Jury » sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
19. Max Servais (1904-1990), romancier et dessinateur, collabore au « Jury » et aux « Auteurs As-sociés », a fait partie du Groupe surréaliste de Bruxelles.
20. André-Paul DUCHÂTEAU et Stéphane STEEMAN, idem, p. 156.
21. Il s’agit évidemment de Mademoiselle Berthe et son amant.
22. Jules Stéphane (pseudonyme de Jules Watelet, 1908-1979), romancier et journaliste, auteur de trois longues nouvelles publiées dans « Le Jury ». Steeman préface son roman Miracles publié au éditions Le Sphinx en 1942 et fonde avec lui la coopérative d’édition, Les Auteurs Associés.
23. Paul Kinnet, (1915-1994), romancier, journaliste, critique de cinéma. Il collabore au « Jury » et aux Auteurs Associés » dès 1941.
24. André-Paul DUCHÂTEAU et Stéphane STEEMAN, idem, p. 92.
25. La Revue Sincère n° 5 du 20 mai 1932.
26. Robert Poulet (1893-1989), romancier et critique littéraire, il dirige Le Nouveau Journal de Bruxelles pendant l’Occupation.
27. Stanislas-André STEEMAN, Les Atouts de M. Wens, Bruxelles, Les Auteurs associés, 1942.
28. Charles Bronne (1871-1942), écrivain, journaliste et dramaturge né à Liège. A publié son unique roman policier dans « Le Jury ».
29. « Sur la sellette » in Elle et lui, n° 124 du 1er octobre 1943.
30. Pierre ASSOULINE, Simenon, Paris, Gallimard, « Folio », 1996, p. 658.
31. L’Illustré, n° 7 du 4 janvier 1944.
32. André VOISIN, « Deux jours en Vendée avec Georges Simenon » in L’Avenir, n° 132 du 30 dé-cembre 1943. En 1998, Les Amis de Georges Simenon ont publié Le Roman policier n’existe pas un petit texte de Georges Simenon qui accompagnait cette interview.
33. Sous-titre à Six hommes morts, dans la réédition, A. Beirnaerdt, « Le Jury », t. 22, 1944.
34. Stanislas-André STEEMAN, Crimes à vendre, Bruxelles, Les Éditions Libres, 1946.
35. Cité par Arnaud HUFTIER, Stanislas-André Steeman. Aux limites de la fiction policière, Paris, Encrage aux Éditions Les Belles Lettres, « Références », n° 20, 2006, p. 249.
36. Il s’agit de Un dans trois, le roman de STEEMAN publié au Masque en 1932.
37. Michel CARLY, Simenon, une vie, une œuvre. Nouvelle chronologie inédite.
38. La provenance des deux interviews auxquels nous avons eu accès n’a pu être précisément iden-tifiée.
39. Pour en savoir plus sur Stanislas-André Steeman :

– Revue Énigmatika n° 6, « Le Dossier St. A. Steeman », Reims, [1977].
– Danny DE LAET, Stanislas-André Steeman. Tapuscrit inédit, 2 vol., ca 1980.
– Danny DE LAET, Les Anarchistes de l’ordre. Bruxelles, Recto-Verso, « Ides... et autres », n° 28-29, 1980.
– Luc DELISSE, Le Policier fantôme. Bruxelles, Librairie Pêle-Mêle, 1984.
– Jean-Baptiste BARONIAN, André-Paul DUCHÂTEAU, Maurice-Bernard EN-DRÈBE, Michel LEBRUN, Thomas NARCEJAC, Thomas OWEN et Fernand CHENEVAL (adaptation bé-dessinée de), Stanislas-André Steeman romancier du mystère. Bruxelles, Le Veilleur de nuit, 1987.
– Willy HERMANS, Petit dictionnaire des auteurs belges de littérature policière. Liège, Version Originale, 1989.
– André-Paul DUCHÂTEAU et Stéphane STEEMAN. L’écrivain habite au 21 – Stanislas-André Steeman. Ottignies, Quorum, 1998.
Stéphane STEEMAN. Inoubliables rencontres. Bruxelles, Éditions Ciné-Revue, 2005, pp. 127-134.
– Arnaud HUFTIER. Stanislas-André Steeman. Aux limites de la fiction policière. Paris, Encrage aux Éditions Les Belles Lettres, « Références », n° 20, 2006.

 

Metadata

Auteurs
 Michel Schepens
Sujet
Georges Simenon et Stanislas-André Steeman
Genre
Analyse littéraire
Langue
Français