© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Résumé des contributions à ce numéro

les auteurs

Texte

Dossier thématique: Modernisme(s) approprié(s)?

Quand la vie prend le dessus. Les interactions entre l’utopie bâtie et l’habiter
Viviana d’Auria, Hannah le Roux
La diffusion, au cours du XXe siècle, du modernisme comme style, et de la modernité comme un ensemble d’aspirations prêtes à l’emploi, a été fondamentalement remise en question dans la pratique.
En particulier dans le Sud planétaire, cette approche architecturale n’a pas maintenu sa promesse d’amélioration des conditions de vie pour tous, et a été contestée par des modernismes alternatifs.
Les perspectives transculturelles récentes sur le sujet ont démontré que l’usage est une forme profonde de critique au modernisme dans sa phase de réception. À travers le processus d’usage, les architectures sont appropriées par les usagers, mais deviennent également plus « appropriées ».
Cette introduction trace un cadre conceptuel et méthodologique utile à appréhender la question des capacités performatives spécifiques aux espaces modernistes, et à établir la cohérence des nombreux cas d’étude présentés dans le dossier thématique Modernisme(s) approprié(s) ?.
Dans la lignée de Lefebvre, l’appropriation se confirme être un concept essentiel à la compréhension de l’agentivité des libertés individuelles et collectives exercées dans l’environnement physique et naturel.
Poussant la réflexion menée par Pinson, selon lequel l’appropriation se présente en réaction aux limitations de liberté imposées par les structures modernistes, les auteures soulignent l’importance de comprendre les interactions entre les utopies bâties et le vécu de leurs habitants.
Cette interaction est alors considérée comme un genre créatif en soi, par extension de ce que Bhabha, lui-même inspiré par les idées de Fanon, identifie comme un troisième terme hybride [entre pouvoir dominant et lutte d’émancipation] résultant d’une instabilité productive dans la création de sens.
Les contributions à ce dossier sont ici brièvement présentées, à partir de la perspective de l’appropriation depuis laquelle elles tentent, chacune à leur manière, de traiter la nature des pratiques spatiales qui ont été le moteur de transformations d’architectures modernistes, tout comme la manière dont certains projets ont encouragé la re-signification par les habitants.
Ces contributions abordent ainsi différents contextes, échelles (de l’édifice aux paysages) et temporalités, faisant émerger des «assemblages» qui comprennent des occupations temporaires et permanentes de bâtiments publics à Buenos Aires et Johannesburg ; des métabolismes générés par des mégastructures en Corée du Sud et au Venezuela ; des tissus urbains à la grammaire générative d’évolution incrémentale à Lima, Cansado et Zouerate ; et des coexistences ambivalentes du modernisme avec les coutumes, pratiques spatiales et cultures de l’habiter locales au Bénin, au Vietnam et en Mongolie.


Hospitalité négociée dans un hôpital abandonné. Le cas de El Elefante Blanco, Buenos Aires, Argentine
Tiphaine Abenia
Jusqu’au XXe siècle, l’hôpital revêt une fonction sociale et idéologique : il est le refuge du pauvre, du marginal, du vieux et du fou. Cette mission première s’étiolera à mesure que l’institution hospitalière ouvrira ses portes à une population plus large (moins marginalisée, plus fortunée) et où la médicalisation du patient prendra le pas sur l’hébergement de ce dernier.
La dimension humaine de l’institution est alors rattrapée par des impératifs rationnels conduisant à une technicisation de la relation hôpital-patient.
La valeur d’hospitalité fait place à l’exigence de soigner et – potentiellement – de guérir. Ce rapport entre institution hospitalière et société doit être triangulé par l’introduction des caractères architecturaux propres à ce nouvel hôpital.
L’architecture hospitalière n’est, en effet, pas le réceptacle passif d’avancées médicales et technologiques (Adams, 2008), elle en est aussi un moteur de développement.
Que devient cette architecture singulière, monofonctionnelle, lorsque le projet hospitalier qui l’a portée vacille ?
Le présent article propose d’étudier la compétence interprétative (Hertzberger, 2010 ; 2015) de l’hôpital moderne, à partir d’une étude de cas réalisée au sein d’un hôpital inachevé de Buenos Aires (Argentine), partiellement réinvesti, depuis plus de vingt ans, par près de cent familles.
Surnommé El Elefante Blanco, l’édifice est un vestige de l’architecture hospitalière monobloc.
Par quelles opérations habitantes l’habiter au sein de ce paradigme fonctionnaliste de la modernité a-t-il été rendu possible ?
À quelles formes nouvelles d’hospitalité cette appropriation spatiale ouvre-t-elle ?


Solomon Mahlangu House: self-assertion and humanisation through claiming black space [La Solomon Mahlangu House : affirmation de soi et humanisation à travers la revendication de l’espace noir]
Pandeani Liphosa, Nolan Oswald Dennis
Dans le contexte sud-africain, les mouvements sociaux et les manifestations font l’objet de tant d’attention que ce sont là des sujets considérés comme épuisés.
Dans l’Afrique du Sud post-apartheid, ces mouvements demandaient traditionnellement que l’État œuvre pour une amélioration des conditions de vie et des droits civiques de tous les citoyens.
Les débats sur le changement sociospatial émancipatoire ne peuvent cependant manquer de mentionner le récent mouvement #FeesMustFall [litt. « #ÀBasLeMinerval », ndlr] sur lequel s’attarde cet article.
Décrit comme un nouveau modèle de manifestation des étudiants universitaires, ce mouvement appartient au champ plus large des mouvements MustFall qui ont servi à pointer les réflecteurs sur les tensions existant au sein des institutions sociales et des établissements scolaires d’Afrique du Sud.
La longue histoire d’exclusion des Noirs des espaces sociaux, professionnels et académiques sud-africains s’est exprimée dans ce qui a été nommé le mouvement #FeesMustFall.
En plus d’offrir une lecture détaillée et une analyse des racines intellectuelles de ce mouvement, l’emphase spécifique est ici placée sur l’appropriation de la Senate House, le principal bâtiment administratif de l’Université du Witwatersrand, qui fut rebaptisé en Solomon Mahlangu House [en souvenir d’un étudiant et activiste anti-apartheid exécuté en 1979, ndlr].
La discussion de ce cas se concentre sur la manifestation estudiantine qui a déferlé sur tout le pays en 2015. L’approche se fonde sur l’analyse de l’architecture coloniale et de son influence sur les structures spatiales des universités.
La double capacité des configurations architecturales d’intégrer et ségréguer à la fois est rigoureusement exposée en questionnant l’architecture et la manière dont elle a été utilisée comme un des nombreux dispositifs d’exclusion et de perpétuation des inégalités durant l’apartheid.
À l’apogée des manifestations, l’ambition fondamentale du mouvement était de démontrer stratégiquement que la question des minervals et des changements de cursus s’inscrivait dans les objectifs de la décolonisation, comme l’exprimaient l’occupation et la réattribution des toponymes d’espaces universitaires de premier plan.
Plus particulièrement, le processus de réattribution d’espaces représente une revendication de propriété, ce qui distingue ce cycle de manifestations de ses précédents historiques durant lesquels la violence était mobilisée pour susciter l’affirmation d’une forme plus désirable d’ordre social.
L’article conclut en affirmant que la redéfinition du programme fonctionnel de la Solomon Mahlangu House l’a instituée en espace central de solidarité. Il démontre que la Senate House n’offre pas de potentiel distinct pour résister aux menaces actuelles à son identité transformée.
Bien que ce développement ne soit pas la panacée de tous les combats d’aujourd’hui, il s’agit d’un pas vers un espace social et éducatif décolonisé.
Ce cas doit être considéré moins comme une solution définitive aux problèmes actuels que comme une ouverture vers une Université du Witwatersrand décolonisée.



Caracas 23/01. Constructing socio-cultural and economic spaces within appropriated structures [Caracas 23/01. Construire des espaces socioculturels et économiques au sein de structures appropriées]
Katharina Rohde
Cette contribution propose une réflexion sur l’ensemble moderniste de logements sociaux situé à Caracas, capitale du Venezuela, connu sous le nom de 23 de Enero (23 janvier).
Le complexe de logements a été profondément transformé par ses habitants depuis sa conception dans les années 1950 et pose de nombreuses questions sur ce que peuvent signifier des espaces appropriés dans des villes où le modernisme a été vigoureusement reconfiguré par les changements et les nécessités du quotidien.
Plus précisément, cette contribution approfondit une étude préalable de « recherche par le projet » conduite par l’auteure afin de saisir un certain nombre d’articulations spatiales produites par le monde associatif de base au sein de la structure moderniste du complexe et de ses alentours.
Un des objectifs sous-jacents de cette tentative était de comprendre, de documenter et de prévoir comment la création de perspectives culturelles et économiques, indépendantes de l’économie officielle, pouvait être encouragée en parallèle au développement d’espaces d’éducation populaire, tout en tenant compte des aspirations de la communauté du 23 de Enero de prospérer socialement et économiquement.
Par conséquent, cette contribution adopte une approche par le projet pour interpréter et situer en perspective les modifications opérées par les résidents sur une typologie de bâtiment à dalle multiétage conçue à l’apogée de la frénésie de modernisation du Venezuela.
La démarche de « recherche par le projet » adoptée a impliqué un engagement avec la communauté locale, tant à l’échelle spatiale qu’à l’échelle humaine, et a provoqué une réflexion non seulement autour des différents modes d’appropriation, articulés sur la base des besoins actuels des résidents, mais également sur la question de savoir comment la planification moderniste a pu accueillir de telles transformations au cours du temps et quelles pourraient être les évolutions à suivre.
Le logement continue à être considéré comme un facteur crucial dans la restructuration d’une société, en particulier pour les communautés migrantes de la ville en développement – dans le sud du monde comme ailleurs – ; il apparaît, dès lors, important de tirer parti d’expériences comme celle du 23 de Enero, en particulier à partir du point de vue des usagers.

 

A modernist utopia taken by the ordinary. The consecutive lives of the Seun Complex in Seoul, South Korea [Une utopie moderniste dépassée par l’ordinaire. Les vies consecutives du complexe Seun à Séoul, Corée du Sud]
Joonwoo Kim
À la suite du coup d’État de 1961, le gouvernement militaire encouragea l’industrialisation afin d’accélérer le développement économique de la Corée du Sud.
Dans ce contexte, une urbanisation soigneusement gérée apparaissait essentielle à piloter la modernisation. Un tel zèle modernisateur mena, entre autres choses, à la réalisation du remarquable complexe Seun, une réalisation moderne unique aux caractères utopiques qui visait à restructurer le centre urbain de Séoul ; une véritable mise en forme et en espace des idéaux modernistes.
Le gouvernement sponsorisait et promouvait activement des projets de développement urbain comme le complexe Seun afin de catalyser le processus de modernisation.
Cette mégastructure combinant fonctions commerciales et équipements publics à des logements de masse, une des plus grandes jamais réalisées, fut, à ce titre, un projet pilote de la junte militaire.
Se surimposant au système urbain existant sans grand égard pour le contexte local, il n’entrait pas non plus excessivement en conflit avec le tissu environnant.
Le complexe comprenait un centre commercial piéton surélevé de 1 kilomètre de long et des traversées automobiles au niveau du sol.
Ce mégacomplexe, constitué en définitive d’un chapelet interconnecté de huit imposants bâtiments, fut achevé en 1968 et devint instantanément l’icône de l’utopie moderniste de la première moitié des années 1970.
Néanmoins, le développement en perpétuelle accélération de la Corée a rapidement relégué le complexe Seun dans l’ombre de réalisations toujours plus neuves et plus grandioses, semblant désuet, avant même d’avoir vieilli.
Au fil du temps et progressivement, il se développa autour du complexe de fortes et larges alliances avec l’industrie productive urbaine locale.
Il absorba un nombre conséquent de fonctions provenant des tissus industriels et commerciaux environnants, tout en conservant son intégrité physique comme un objet s’écartant des quartiers voisins.
En tant que corps étranger catapulté dans le tissu urbain, en termes programmatiques, il devint partie intégrante et dynamique de ce tissu.

 

Urbanity as a project of modernization. Urban design and progressive housing strategies in Lima, 1954-1984 [L’urbanité comme projet de modernisation. Urbanisme et stratégies de logement progressistes à Lima, 1954-1984]
Sharif S. Kahatt
De par les rencontres du formel et de l’informel dans la ville, la culture architecturale péruvienne a pavé la voie à une modernité appropriée, à un nouveau paradigme de développement qui n’attend que de se voir matérialiser par de nouveaux urbanismes et architectures publics en ce siècle nouveau.
Dans l’architecture du logement de masse en particulier, ces rencontres mettent en évidence les idéaux et conflits sociaux, politiques et économiques de la population, tout en les intégrant dans l’espace de la sociabilité, dans le territoire et dans la culture matérielle.
Le présent article étudie le processus de modernisation du logement à Lima, processus où deux mondes, en apparence opposés, ont fusionné par l’entremise de l’architecture pour créer une urbanité nouvelle.
Les idées présentées dans cette recherche révèlent que cette modernité péruvienne relève de la rencontre entre, d’une part, une organisation spatiale rationnellement systématisée, et, d’autre part, une architecture spontanément squattée et autoconstruite.
L’article retrace l’émergence de la ville informelle et de l’auto-assistance, ainsi que leur prise en compte au sein de la discipline.
Ce faisant, l’article réévalue cette rencontre unique des processus bottom-up (ascendants, ou par le bas) et top-down (descendants, ou par le haut), et montre comment l’architecture construit l’urbanité et, par cela, fournit le contexte physique apte à favoriser l’émancipation sociale.
Le texte mobilise et illustre cinq stratégies d’architecture et de fabrication de la ville par des projets de logement qui ont forgé l’image du «Lima moderne».
Ces idées ont produit des quartiers qui promeuvent un développement urbain incrémental avec des ressources limitées, et représentent également les formes d’urbanisation les plus réussies quant à leur capacité de renouer le lien entre ville formelle et informelle, tout en encourageant les rencontres sociales et urbaines.

 

Reports from Sahara. Transitions and contradictions in Afro-European modernities: the case of Cansado-Zouerate, Mauritania [Comptes rendus du Sahara. Transitions et contradictions dans les modernités afro-européennes : le cas de Cansado-Zouerate, Mauritanie]
Filippo De Dominicis
Entre 1959 et 1965, la Société nationale des mines de Mauritanie, MIFERMA, a délocalisé plus de 10 000 personnes en plein cœur du Sahara pour soutenir sa croissance industrielle.
Les urbanistes français responsables, mettant l’accent sur les principes de l’urbanisme moderne, tout en affrontant des conditions environnementales extrêmes, ont répondu aux ambitions de MIFERMA en accueillant 10 000 travailleurs africains et gestionnaires européens dans deux villes nouvelles, reliées par une ligne de chemin de fer traversant 700 kilomètres de désert.
L’histoire de Cansado et de Zouerate, l’une, ville portuaire, l’autre, d’arrière-pays, est étroitement entremêlée à d’autres expériences parallèles en Afrique de l’Ouest.
Dans le cadre d’un large réseau du fer et de l’acier de part et d’autre de l’Atlantique, l’expérience mauritanienne est une des tentatives les plus marquantes de planification de villes minières qui – selon le gouverneur de Guinée française, Roland Pré – allaient devenir l’outil principal pour que l’Afrique détermine «son propre avenir, principalement dans les régions vierges de l’intérieur, où de grands complexes d’industrie et de services sont planifiés».
Habitées majoritairement par des personnes délocalisées, tant d’Afrique que d’Europe, Cansado et Zouerate partagent un même fondement idéologique et forment un système unique et interconnecté de logements – pour loger les personnes – et d’infrastructures – pour les nourrir – qui traversent le désert.
Néanmoins, les différents processus de planification établis par la compagnie minière, tout comme le rôle joué par les aménageurs, ont profondément influencé le développement ultérieur de ces villes.
Alors qu’à Cansado, la superposition de strictes règles typologiques aux variations morphologiques a empêché tout processus d’adaptation, Zouerate s’est développée comme une ville spontanée à côté du noyau moderniste, et une large ceinture de bidonvilles et de jardins commence à encercler la ville.
Si la transition de la décolonisation a formé – et subverti – l’utopie moderne sous-tendue, les environnements extrêmes du Sahara ont contribué à manifester les contradictions bien évidentes dans les destinées opposées de Cansado et Zouerate.

 

L’appropriation de la nature dans le Bénin méridional. Observations à partir des cours-jardins à Abomey
Quentin Nicolaï
L’article porte sur l’appropriation de la nature dans les cours-jardins à Abomey, dans le Bénin méridional.
Il part de la constatation, établie lors de mon expérience de terrain, de la présence de plantes importées dans certaines de ces cours.
Ces plantes ne sont pas arrivées là par hasard : leur répartition en plate-bande, en parterre, de part et d’autre d’une entrée ou d’une allée, donne à penser que non seulement ces plantes ont été choisies consciemment, mais aussi que leur disposition, influencée à des degrés divers par les aménagements paysagers qui agrémentent la ville depuis la période coloniale, est recherchée.
Je m’intéresserai à ces transplantations, à travers le prisme de la discipline architecturale dans laquelle la nature est bien souvent reléguée à un rôle de décor, de fond devant lesquels se détachent l’architecture et les pratiques.
J’entends explorer, à partir d’une mise en exercice du dessin d’architecture, d’autres manières d’articuler ce que la pensée moderne a jusqu’ici séparé.

 

Un entre-deux de la Modernité : paysage de quartiers de logements collectifs à Hanoï et Oulan-Bator
Maria Anita Palumbo, Olivier Boucheron
La forme globalisée de tours et d’immeubles d’habitation, accueillant des logements attribués ou à loyers subventionnés, nous intéresse à double titre : à la fois en tant que forme urbaine imposée qui provoque une standardisation accrue du mode de vie et, également, en tant que support de multiples formes de réappropriations et d’extensions des espaces de vie produites par les habitants eux-mêmes.
Afin de mieux saisir toutes ces formes qu’a pu prendre la «créativité dispersée» de l’Europe à l’Asie, de l’Afrique aux Amériques, cet article propose deux cas d’étude, le premier est le microdistrict d’Ulaanbaatar en Mongolie et le second, le quartier d’habitat social Kim Liên d’Hanoï au Vietnam, afin d’y analyser les rapports conflictuels et/ou les interactions entre standardisation et différenciation, contrôle et transgression, uniformisation et invention dans des contextes géo-sociopolitiques différents.
Ces productions infraordinaires de l’espace sont analysées comme autant de formes d’émancipation par rapport à la modernité et à sa manière de produire l’habitat et l’habiter.

 

Tout au Nord des tropiques : une architecture moderne à Bruxelles
Christine Schaut
En contrepoint, mais aussi et surtout en écho avec les articles qui précèdent, ces quelques pages visent à questionner l’architecture moderne et les débats qu’elle a posés et qu’elle continue à poser sur son habitabilité et sur son hospitalité à l’égard de ses principaux usagers, ses habitants.
Elles le font à partir d’un lieu, situé au nord-ouest de la Région de Bruxelles-Capitale, la Cité Modèle, ensemble de logements sociaux, perçu comme un symbole à la fois de l’architecture moderne en Belgique et de la modernité de la société belge des Golden Sixties.
C’est d’abord au travers de l’histoire de cet ensemble architectural, somme toute relativement courte, et de l’analyse des soubassements idéologiques qui la soutinrent d’abord, pour la condamner un peu plus tard, que la narration se construit. Les deux premières parties de l’article ont ainsi l’ambition, d’une part, de montrer les intentionnalités fortes, liées à la construction d’un tel lieu, et, d’autre part, de souligner sur quoi elles ont achoppé quand ce lieu est devenu un espace vécu et perçu (Lefèvre, 1974).
Quant à la dernière partie de l’article, elle s’intéresse plus particulièrement aux signes de l’attachement que les habitants de la Cité Modèle développent à son égard et aux logiques par lesquelles il se construit et se manifeste.
Cet attachement est complexe et ambivalent, comme l’est le regard que l’on peut porter sur le logement social collectif moderne.
Cet article, construit à partir d’une seule étude de cas, qui plus est située bien loin des lieux investigués dans ce numéro de la revue CLARA, ne poursuit aucune prétention à la généralisation.
Il entend contribuer, à sa mesure, au débat, universel, sur la nature des liens entre l’architecture moderne et ses usagers habitants.

 

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Archives


L’architecte Guillaume Serneels (1907-1970) : de son fonds d’archives à la ville de Mbujimayi en République démocratique du Congo

Irene Lund, Martin Tshisuaka, Yves Robert
Le Fonds Guillaume Serneels, conservé aux Archives et Bibliothèque d’architecture de l’ULB, permet la valorisation d’un architecte méconnu qui œuvra dans l’ancien Congo belge et marqua le paysage urbain et architectural de l’actuelle ville de Mbujimayi (anciennement Bakwanga) dans le Kasaï.
À travers les documents d’archives transparaît une personnalité forte dont l’œuvre principale fut la conception et la réalisation des installations de l’ancienne société Forminière, un « État dans l’État », qui contribua, par ses activités minières et forestières, de manière déterminante au développement de la ville.
Il y dressa l’équivalent d’un plan d’urbanisme comprenant plusieurs quartiers distincts à destination des cadres, des employés, des ecclésiastiques et des ouvriers de cette société.
Ces quartiers, au tracé urbain différencié, comprennent plusieurs équipements de soins, de loisirs, mais aussi de formation.
Son expression architecturale est le fruit d’une synthèse entre les impératifs du milieu climatique tropical et les différentes expressions architecturales de l’époque mêlant Art déco, traditionalisme et fonctionnalisme.
L’œuvre de Guillaume Serneels offre aujourd’hui la possibilité de révéler une mémoire architecturale et urbaine qui représente une page de la modernité coloniale, aussi méconnue que digne d’intérêt, contribuant de manière significative à la connaissance de l’histoire architecturale et urbaine de la ville minière de Mbujimayi.





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Français
Droits
Revue Clara, n°4, février 2017, Mardaga éditeur Bruxelles (Belgique)