© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Résumés

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Texte

La mosquée bruxelloise comme projet

Entretien avec Stéphane Kervyn
Graziella Vella, Victor Brunfaut

L'article introduit le dossier par un retour sur deux années de travail sur la thématique de la mosquée bruxelloise au sein d'un atelier de projet d'architecture. la recherche portait sur la question de l'architecture du lieu de culte musulman dans une ville comme Bruxelles qui n'a pas été pensée autour ou à partir de celui- ci. ce travail de recherche par le projet a été développé à partir du relevé de mosquées bruxelloises existantes. ces relevés ont permis de rendre compte de la variété et de la complexité des mosquées dans un contexte où le phénomène d'implantation de celles-ci présente une certaine épaisseur historique, liée aux différentes vagues d'immigration. Ils ont permis de révéler les dispositifs et processus de transformation de structures existantes pour y installer salles de prière et mosquées, souvent sans l'intervention d'architectes. l'article montre, à partir d'exemples tirés de ce travail de relevé, mais aussi sur la base d'une série de projets d'étudiants, les questions concrètes que soulève le programme spécifique de la mosquée, principalement dans son rapport à l'espace public (visibilisation). les projets se sont, lors de la seconde saison, attachés à la situation spécifique de la mosquée el hikma, installée dans les anciens Bains de forest. Ce cas permettait, en effet, de travailler tant les questions du processus de projet (aspects qui sont développés dans deux articles, l'un confié à un groupe d'étudiants, l'autre consacré à un entretien avec l'architecte de el hikma, Stéphane Kervyn) que celles de la mosquée comme édifice dans son rapport à la forme urbaine.

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Al Khalil, une mosquée en extension
Mohamed Oumzil

La contribution s'appuie sur l'implication de l'auteur comme étudiant au sein de l'atelier Terrains d'architecture durant l'année académique 2011-2012, et la réflexion sur la situation de la mosquée à Bruxelles qu'il mena dans le cadre de son mémoire de fin d'étude intitulé « Mosquée à Bruxelles – de l'invisible au visible, étude de l'évolution d'un processus de visibilisation ». Par le biais d'un regard porté par un étudiant en architecture, l'article entend montrer combien la question de la mosquée passe prioritairement par l'architecture. En mêlant pratique et expérience personnelle de la mosquée à
une réflexion plus théorique, et à l'aide de cas concrets d'étude, l'auteur tente de mettre en lumière la diversité des mosquées bruxelloises contemporaines, et les raisons de cette diversité. il s'agit par là de contribuer, en y apportant les nuances nécessaires, au débat public que peuvent susciter aujourd'hui les installations de mosquées à Bruxelles.

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Mosquées et médiations
Graziella Vella

Comment travailler en terrain miné lorsque le malaise est palpable, le vocabulaire guerrier : privatisation, envahissement de l'espace public, communautarisme, débordement, risque de contagion de l'espace public par le religieux ? Comment déjouer les catégories ou l'imaginaire négatif qui s'ouvre quand on aborde la question de la mosquée ? en se saisissant de la singularité du projet de mosquée. Une mosquée est un lieu dont on ne sait pas à l'avance de quoi il s'agit, dont les limites sont floues, car ses usages sont variables, flexibles selon les temporalités de la journée ou de l'année ; un lieu qui brouille les frontières, les catégories, car ce qui devrait être tenu séparé – le cultuel, le culturel, l'éducatif, le sportif... – y est, au contraire, enchevêtré ; un lieu à haut potentiel d'articulations troublant ce qui devrait aller de soi. Apprendre de ce trouble plutôt que de chercher à le canaliser selon un modèle de fonctionnement idéal, multiplier les connexions possibles entre acteurs, entre lieux, entre usages, faire exister d'autres versions de l'espace public, « médier »... c'est ce qui a été expérimenté au sein de l'atelier terrains d'architecture et qui est relaté dans cet article.

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Mosquées bruxelloises. Questions élémentaires de configuration
Bertrand Terlinden

Cet essai aborde la question de la mosquée sous l'angle de sa forme et particulièrement de ses dispositions fondamentales. Il classe les mosquées bruxelloises en trois catégories, ou «générations», qui sont plus logiques que chronologiques.
Contrairement à ce que suppose un peu rapidement une critique contemporaine qui prétend
la mosquée malléable aux recherches les plus formalistes, le lieu où s'accomplissent les rites musulmans, tant qu'il n'a pas été soumis aux interprétations sophistiquées des architectes, continue à répondre à un ensemble de normes architecturales qui ne sont pas imposées par un quelconque pouvoir autoritaire, mais sont issues d'une longue expérience partagée. La reconnaissance de ces normes – qui traitent de la morphologie élémentaire comme des niveaux morphématique et configuratif de la mosquée – ouvre une piste alternative à celle, pour le moins éreintante, qu'oblige l'actuel compromis entre « modernisation » structurelle et conservation ornemaniste. cette piste, élémentariste – en particulier pour ce qui concerne les niveaux les plus basiques de sa configuration –, pourrait bien ne pas concerner seulement la mosquée, mais impliquer plus largement le futur des objets de l'architecture.

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L'implantation des mosquées en Région Bruxelloise :
entre normes urbanistiques, bureaucratie et sensibilité politique. Bilan de 10 ans de recherche
Corinne Torrekens

Récemment, une mosquée bruxelloise s'est vu demander par la commune un certificat de l'exécutif des musulmans de Belgique assurant qu'il s'agissait bien d'une mosquée. une autre mosquée souhaitant acheter un bâtiment voisin s'est vu opposer une certaine résistance basée notamment sur les problèmes de parking dans le quartier. Ces exemples illustrent les difficultés d'insertion des mosquées dans l'espace urbain bruxellois, dans lesquelles arguments urbanistiques se mêlent à des attitudes sécuritaires et à des pratiques administratives discrétionnaires. Pourtant, et à la différence d'autres manifestations visibles de l'islam, l'installation des mosquées au cœur du tissu urbain bruxellois, ou francophone de manière plus générale, n'a que très peu attiré l'attention des chercheurs, laissant par ce fait de nombreuses questions sans réponse : Comment se déroule l'implantation des lieux de culte musulman dans l'espace public ? Quelle valeur symbolique les fidèles investissent-ils dans leur (non-)visibilité architecturale ? Quels types de pratiques politiques peuvent être observés ? comment se négocie l'application du droit dans une situation en trompe-l'œil?
En s'appuyant sur un répertoire de données constitué d'entretiens, d'observations ethnographiques et de documents secondaire de diverses sources, le présent article dresse le bilan de 10 ans de recherche menée par l'auteure sur le sujet et tente de répondre au moins partiellement à ces questions.

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Troubles de l'espace public : épaissir les lieux
David Jamar

La présente contribution s'appuie sur la participation à trois jurys d'architecture (faculté d'architecture La Cambre-Horta, ULB) destinés à évaluer des projets de mosquées sur trois sites bruxellois. Épaissir l'espace Public, sa notion au moins, correspond à un enjeu tel qu'il nous est apparu au contact de ces situations : s'éloigner de l'une de ses définitions unitaires comme ce qui lutte contre les appartenances, au nom d'une accessibilité « pour tous » dont l'acteur étatique serait in fine le garant. face à cet espace Public canonique se présente alors la foule des espaces privés selon une ligne claire de démarcation : aux espaces privés, les appartenances – parfois réduites à la propriété juridique ou, au contraire, rabattues sur la question de l'identité – et à l'espace Public, le détachement débarrassé des formes expressives – réputées privées ou entravant la circulation –, représenté par la figure abstraite du citoyen. à confondre expressions et privatisation, grand est le risque de neutralisation des engagements hétérogènes qui font des morceaux de ville. nous tentons à l'inverse de montrer comment des attaches, des espaces marqués, deviennent une condition pour des espaces publics pluralisés, aptes à nouer entre eux des engagements hétérogènes, à produire, peut-être, des villes.

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Dossier thématique

Enseigner l'architecture

Sous l'horizon de l'université. Un chapitre de l'enseignement de l'architecture en Belgique (1980-1990)
Jean-Louis Genard, Ludith Le Maire, Typhaine Moogin
Alors qu'en Belgique, l'enseignement de l'architecture est, depuis trois ans, pleinement universitaire, revenir sur les prémisses de cette intégration semblait opportun, voire nécessaire. À ce titre, les années 1980 correspondent à ce moment où l'expression « l'architecture à l'université » est encore suivie d'un point d'interrogation. À partir d'une exploration d'archives récentes, cet article retrace les principales préoccupations d'une période à l'activité réflexive intense pour l'enseignement de l'architecture en Belgique. entre rapports de commission, discours de rentrée académique, communications à des colloques, de nombreux points de vue ont été échangés.Visions sur une discipline qui peine à se définir et s'identifier.Visions d'un métier
« en crise », face à l'évolution d'un milieu de la construction en voie de spécialisation. Enfin, visions d'un enseignement qui doit répondre de ces changements et où l'université se profile comme le meilleur remède, terre promise pour préparer l'architecte du 21e siècle. quels espoirs ou craintes incarnait l'université il y a presque trente ans maintenant ? Et qu'en est-il aujourd'hui ? Qu'avons-nous gagné, perdu, oublié ? Ce sont ces questions que les auteurs désirent soulever. Car, si l'expression « l'architecture à l'université » a perdu son point d'interrogation, la route semble encore longue avant le point final.

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Archives

« Le catalyseur urbain » un projet de fin d'études à La Cambre: Contestation étudiante et renouveau pédagogique dans le fonds "Jean-Pierre Hardenne et France Vanlaethem".
Irene A. Lund

En avril 2013, les professeurs Jean-Pierre Hardenne et France Vanlaethem ont fait don aux archives et Bibliothèque d'architecture de l'ulB d'un fonds d'archives concernant leurs années d'études à la cambre durant les années 1965-1970.

Ce fonds, qui rassemble la quasi- totalité de leurs projets d'atelier ainsi que les syllabus et leurs notes de cours, constitue un témoignage riche et précieux de cette époque charnière animée par la contestation étudiante.

Leur projet de fin d'études, intitulé « le catalyseur urbain » et réalisé en collaboration avec Agnès Emery et Henry Goldman, revendique une lecture sociologique et politique de l'espace urbain et constitue une synthèse de leur démarche. Nourri au niveau théorique, entre-autres par les séminaires de Françoise Choay, le projet propose une intervention urbaine sur le tissu de la ville de Bruxelles, sous la forme d'une liaison qui doit renforcer les relations entre le haut et le bas de la ville. Sous l'impulsion de leur chef d'atelier Peter Callebaut, ils découvrent des projets alternatifs, critiques du fonctionnalisme, et la production des architectes du groupe Archigram, lors d'un voyage d'études à Londres. De leur fascination pour la création artistique contemporaine, dont le Pop Art, découle l'instrumentalisation esthétique et graphique de leur projet, matérialisée par l'assemblage d'autocollants miroitants dorés ravivés par des insertions aux couleurs éclatantes.

En tant que tel, le projet est annonciateur du tournant idéologique majeur qui surviendra dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme quelques années plus tard en Belgique, d'abord au sein de La Cambre, avant de dominer largement les politiques urbaines à partir de la fin des années 1980.

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Les années 1965-1970 à La cambre : Une expérience salutaire
Jean-Pierre Hardenne

Dans les années 1960, l'ensaV La Cambre bénéficiait d'un prestige important, mais,
peu après son inscription en 1ère année, Jean-Pierre Hardenne ressent un écart important entre cette renommée et ses propres attentes. À l'exception des cours dispensés par quelques figures nouvellement instituées, dont le directeur Robert-Louis Delevoy, le chef d'atelier Peter Callebaut et quelques professeurs d'université dont, entre autres, Françoise Choay, l'enseignement lui paraît largement insatisfaisant.

À plusieurs reprises à partir d'octobre 1967, les étudiants manifestent leur désapprobation en faisant grève et en refusant les énoncés des exercices. Alimentée par la contagion des événements de Mai 68, la contestation prend de l'ampleur et permet aux étudiants de conquérir le pouvoir et la parole. Après avoir refusé le jury constitué par le ministre, les étudiants exigent d'être évalués par une commission d'architectes qu'ils choisissent eux-mêmes. De plus, le projet de diplôme des seize étudiants de dernière année sera réalisé collectivement. Puis, durant l'été, les étudiants contestataires – rejoints notamment par leur chef d'atelier Peter Callebaut – préparent les revendications pédagogiques pour la prochaine rentrée académique.
Dès la rentrée se déclenche une importante confrontation entre ce groupe et les autres chefs d'ateliers. Au cours de l'année sera créé le groupe « Prospective » qui deviendra la cible des opposants, étudiants et chefs d'ateliers. Ces polémiques trouveront notamment un écho dans la presse.
En juillet, lassés des vaines querelles, Jean-Pierre Hardenne, Agnès Emery, Henry Goldman et France Vanlaethem développent un projet de fin d'études intitulé « Le catalyseur urbain », afin d'illustrer leurs revendications et leurs propositions pédagogiques fondées avant tout sur la nécessité d'une lecture politique de la structuration urbaine et des formes architecturales.

Malgré le climat difficile et les fortes dissensions au sein de l'école, le projet est sélectionné pour le Grand Prix d'urbanisme et d'architecture de Paris, et obtient le meilleur résultat au jury de diplôme. Une année plus tard, en 1971, une évolution de ce projet représente la Belgique à la
Biennale de Paris et est exposée au Design center de Bruxelles.



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