© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Le Voyage en Oïlie

Joseph Bodson

Texte

Le Voyage en Oïlie XX.

Une initiative très originale, à la base de laquelle on trouve Annie Rak et Roland Thibeau. Une écriture collective itinérante: qu’est-ce donc à dire? Au cours de l’année 2013, des auteurs issues des différentes régions où se parlent des langues d’oïl – l’Oïlie, un joli néologisme, se sont en quelque sorte passé le relais pour écrire un récit dans chacune de ces langues.

Plus petit commun dénominateur: un canevas, deux jeunes étudiants, Pauline et Jonathan, préparent un travail sur le combat du Lumeçon – Mons oblige – et partent à la recherche d’un mot perdu, un mot en langue d’oïl; ils s’évanouissent au cours du combat, et se réveillent doués de la compréhension de toutes les langues de la famille. Dès lors, les voilà en train de parcourir toutes les régions où elles sont parlées.

Pour chacune d’entre elles, un excellent auteur a été choisi, qui va les accompagner dans leurs péripéties – que je ne vous raconterai bien sûr pas en détail – et profitera de l’occasion pour évoquer les richesses de sa région.

C’est un peu le principe qui avait guidé, au 19e siècle, les auteurs du Tour de France de deux enfants et de Sans famille: instruire, enseigner, tout en amusant. Les caractères des deux protagonistes vont se dessiner au cours des pages: Jonathan, guindailleur, dragueur, fantaisiste. Pauline, beaucoup plus sérieuse, n’hésite pas à le rappeler à l’ordre.

Citons, parmi les collaborateurs, du côté wallon (habitant de la Wallonie): Roland Thibeau, bien sûr, qui ouvre le feu pour le picard borain et apportera une conclusion à l’ouvrage, Annie Rak pour Tournai, Jacqueline Boitte pour le Centre, Jacques Warnier pour Liège, Joëlle Spierkel pour Namur (un beau dessin avec un escargot-labyrinthe – les dessins de Gabriel Lefèbvre sont superbes, et pleins d’allusions), avec, qui dépasse, le bout de la moustache du Crolé des Tris; Jean-Luc Geoffroy pour la Lorraine tant française que belge, Louis Marcelle pour l’ouest wallon, Roger Nicolas pour le champenois de Sugny. Côté français, les régions suivantes sont représentées: le jersiais des Iles anglo-normandes, le bourguignon morvandiau, Le Poitou-Saintonge, le gallo (dialecte roman en bordure de la Bretagne), le picard du Ponthieu-Vimeu, et un petit bout de jurassien suisse.


Une riche palette, comme l’on voit, et l’on peut dire sans risque d’erreur que le but a été atteint: les deux protagonistes vont trouver le mot perdu et...l’amour en prime, le lecteur est tenu en haleine d’un bout à l’autre par des récits plus farfelus et passionnants les uns que les autres, et quand il fermera le livre, il aura pris une solide connaissance de ces langues dont notre wallon est partie prenante, non seulement par des exposés et des cartes, mais ce qui vaut beaucoup mieux, par les textes eux-mêmes. Il faut en féliciter et en remercier les initiateurs et les réalisateurs de ce beau projet.

Le Voyage en Oïlie, Crombel – Micromania, boulevard Roullier, 1, 6000 Charleroi, 2015, 290 p., relié.

Notes

  1. Le Voyage en Oïlie, Crombel – Micromania, boulevard Roullier, 1, 6000 Charleroi, 2015, 290 p., relié.

Metadata

Auteurs
Joseph Bodson
Sujet
Ouvrage Le Voyage en Oïlie
Genre
Recension
Langue
Français