© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Editorial

Jérémy Lambert
François-Xavier Lavenne
Laurence Pieropan

Texte

Il y a 80 ans, le Prix Goncourt était donné pour la première fois à un écrivain non français, Charles Plisnier. Ce prix était triplement exceptionnel : outre, la nationalité du lauréat, il couronnait deux œuvres, dont un recueil de nouvelles, Mariages et Faux passeports. L’importance de cette date ressort encore plus nettement si l’on sait qu’un an auparavant, l’Académie Goncourt avait refusé de couronner Plisnier, parce qu’elle voulait réserver son prix à des auteurs français. Ce « protectionnisme littéraire » créa un vif émoi et une manifestation de protestation fut organisée par l’Association des écrivains belges, à l’occasion de laquelle Plisnier insista sur le fait que les écrivains français, belges, suisses et canadiens devaient être reconnus comme participant au rayonnement de la même littérature. La remise du Goncourt à Plisnier marque ainsi une reconnaissance symbolique pour la littérature belge et pour l’ensemble de la francophonie.

On sait l’amour que Charles Plisnier portait à sa ville de Mons et à sa région, la Wallonie. Il fut aussi un militant internationaliste et un fédéraliste européen soucieux du respect des minorités. À l’heure de la mondialisation et de sa remise en cause, où les frontières s’effacent tout en s’affermissant, la question de l’espace et de son investissement par l’homme se pose en véritable urgence. Quels sont ces lieux qui, sans toujours être ceux d’où nous venons, ni où nous habitons, nous font nous sentir pleinement être ? C’est à cette question qu’a choisi de répondre le dossier de cette livraison de Francophonie vivante.

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Aussi, la géopoétique de Kenneth White sera-t-elle notre invitée d’honneur — d’autant qu’elle connaît un bel engouement en Belgique, par le biais de Thierry-Pierre Clément et de l’Atelier du héron. Ce voyage en terres géopoétiques nous entraînera ensuite vers les confins, ces lieux où tout finit pour mieux commencer, avec Philippe le Guillou (lu par Laurent Déom) et Martine Rouhart. Des mers nous passerons aux eaux profondes des lacs : le Léman et ses «hôtes» présentés par l’écrivain suisse Anne-Sophie Subilia ; le «transatlantique», qui relie la Bretagne au Québec (Rachel Bouvet) ; enfin, le glacé du Baïkal, dont nous parlent Isabelle Bielecki et Vincent Calay (par la plume de l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson).

Le lieu subit les métamorphoses les plus étranges : fantasme de l’enfant qui devient musée avec Proust (Mireille Naturel), respiration dans la ville qui se fait exclusion (Jean Jauniaux), histoire qui se chnage en légende (Jacques Goyens), éternité qui se mue en instant (Philippe Leuckx). Sans oublier le lieu prétexte à un « état des lieux » : celui d’une terre dont le chant peine souvent aujourd’hui à se faire entendre (Evelyne Lloze, Lilian Pestre de Almeida).

Après une entrevue avec Patrick Corillon, l’artiste belge « aux mille mondes », suivez nos « Sillons francophones ». Ils s’ouvriront sur la suite du texte de Plisnier Sous peine de mort, vous surprendront avec l’édition 2018 du Petit Larousse, s’intéresseront à la vie de la langue française au Chili et se refermeront par un saut dans le temps, à la découverte du Musée Érasme. Pour terminer, les recensions de notre «Vie culturelle» vous feront connaître Jean-Marc Desgent, figure marquante de la poésie québécoise, et vous en apprendront davantage le prochain Printemps poétique transfrontalier.

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À l’issue de l’appel lancé en septembre 2016 dans le cadre du prix Marguerite Van de Wiele 2017 «Les femmes dans l’immigration en Belgique francophone», l’Association a eu le plaisir de récompenser deux biographies (multiples) illustrées. Ainsi, le 18 novembre 2017, en la salle de congrès de l’asbl Amazone, et en présence de Madame Fadila Laanan, Ministre-présidente du Gouvernement francophone bruxellois, Jamila Ben Azzouz, Jacinthe Mazzocchetti et Marie-Pierre Nyatanyi Biyiha sont entrées en dialogue avec Nouria Ouali et Daniel Soil pour présenter, respectivement, L’Immigration marocaine. 50 parcours, 50 talents et PluriElles. Femmes de la diaspora africaine.
Effet innatendu de cette soirée, les approches méthodologiques et les choix esthétiques différents des deux ouvrages ont révélé leur évidente complémentarité, inspirée par le magnifique entrecroisement instrumental de l’oud et du violoncelle, orchestré par Hussein Rassim et Juliette Lacroix.

Vous avez manqué cette soirée ? Rassurez-vous, notre dossier d’avril 2018 vous dévoilera les lauréates, ainsi que les huit autres textes reçus (romans, théâtre, essaie, thèse de doctorat…). Et même plus : vous y découvrirez nos premières actions pédagogiques, conçues à partir des livres primés, en synergie avec leurs auteures.


© J. Lambert, F. - X. Lavenne, Laurence Pieropan, 2017



Metadata

Auteurs
Jérémy Lambert
François-Xavier Lavenne
Laurence Pieropan
Sujet
Présentation des auteur.e.s et des thématiques du numéro du 2e n° semestriel
Genre
Editorial
Langue
Français
Relation
Revue Francophonie Vivante, n° 2, 2017
Droits
© Jérémy Lambert, François-Xavier Lavenne, Laurence Pieropant, 2017