© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Faire route avec Krautgarten (in Journal-Essai)

Albert Moxhet

Texte

C’est au début des années 1990, à l’occasion de la préparation d’un ouvrage sur le Parc Naturel Ardenne-Eifel édité à la demande de l’Internationale des Amis de la Nature, que j’ai rencontré Bruno Kartheuser et donc appris à connaître la revue Krautgarten.

D’emblée, j’ai été frappé par la qualité de cette publication à laquelle je n’ai pas tardé à collaborer, essentiellement pour des présentations d’artistes et des comptes rendus d’activités culturelles.

Souvent aussi, j’ai été amené à travailler avec Bruno pour l’édition française de ses ouvrages et c’était toujours passionnant de découvrir non seulement des textes, mais aussi l’homme au travers de ce qu’il écrit et de ce qu’il dit. Paradoxalement, j’ai été assez rapidement intégré à l’équipe de Krautgarten (revue et édition) alors que je ne pratique pas l’allemand.

Il est vrai que ce n’est pas toujours facile de participer à des réunions où presque tout se dit dans une langue que vous essayez péniblement de comprendre, mais je crois que Bruno tenait beaucoup à ce qu’il y ait à la fois un regard extérieur sur les réalisations mises en chantier et un contact constant avec le monde francophone.

Si j’étais déjà ami avec Robert Schaus, j’ai fait la connaissance de Leo Gillessen, d’Alfred Strasser et aussi d’Alessandra Kartheuser, qui, à plus d’une reprise, a traduit mes textes et toujours avec talent, or il paraît que ce n’est pas vraiment tâche aisée.

Le contact avec la « petite communauté » m’en a appris beaucoup sur les relations humaines qui existent dans la population germanophone de Belgique, mais également avec son voisinage francophone.
De vieux antagonismes subsistent en interne et évoluent dans un contexte où, malheureusement, la politique semble avoir une fâcheuse tendance à s’immiscer sous la forme de barrages administratifs limitant l’épanouissement de ce qui ne relève pas de l’inféodation au pouvoir. Et c’est dommage, parce que Krautgarten est une revue de haut niveau à diffusion internationale, à laquelle on est fier de participer.
Elle publie des auteurs d’origines et de nationalités diverses, avec des ouvertures sur les communautés voisines. Ses qualités en font l’ambassadeur d’une activité culturelle qui ferait honneur à la DG si celle-ci voulait bien s’en rendre compte.

Sur le plan des relations avec les milieux francophones, en cheminant avec Krautgarten – que ce soit pour la revue ou pour les éditions – j’ai pu constater que le dynamisme insufflé par Bruno Kartheuser tout au long des années se nourrissait de contacts suivis avec des artistes et des auteurs, plus spécialement des poètes, belges et aussi français.

L’appui reçu de la Communauté Wallonie-Bruxelles est symptomatique de cet état d’esprit d’ouverture.
On peut évidemment regretter que la revue n’ait pas une diffusion plus large en Wallonie, mais il est évident que l’obstacle de la langue, d’une part, et, par ailleurs, le niveau des textes publiés sont deux éléments qui la réservent à un public limité.

Quoi qu’il en soit, personnellement, je suis très heureux d’avoir pu participer à cette aventure humaniste de qualité, qui est aussi un combat pour l’ouverture sur l’autre et pour la liberté d’expression.


© Albert Moxhet, 31 août 2016


Metadata

Auteurs
Albert Moxhet
Sujet
La présence culturelle de la revue Krautgarten
Genre
Chronique, hommage
Langue
Français