© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Nous c’est vous… des Indiens au 61

Alice Desmedt

Texte

En octobre 2008, l’Upjb a accueilli pendant trois semaines une quarantaine de réfugiés indiens, sans papiers, originaires du Penjab, découverts par son mouvement de jeunesse dans le Parc de Forest. Parmi ces jeunes: Alice Desmedt, 16 ans à l’époque. Voici des extraits de son Journal, comme un écho à des événements bien actuels.

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29 octobre 2008
Ça fait quatre jours que je suis en vacances … Ça fait trois jours que je suis à l’Upjb.
Eh oui ! Parce que les manifs c’est bien beau. Mais quand on a l’occasion de vraiment participer, c’est encore plus fort. En fait, tout a commencé samedi après-midi, au parc Duden (comme je l’ai dit 50 000 fois à la télé). On était en activité quand Léone et Noémie ont remarqué une trentaine de personnes sous un « préau », un petit toit.
Ils se sont avérés être des Indiens, des sikhs, venant du Penjab. Ils veulent se rendre en Angleterre mais leur « passeur » s’est fait arrêter. Après avoir été contrôlés par la police, ils ont été relâchés dans la rue, sans rien.
Ce même samedi, ils avaient rendez-vous devant une église aux alentours, qui pourrait éventuellement les héberger. Certains de l’UPJB s’y sont rendus et, ayant été refusés là aussi, le lendemain à 16 h 00, ils étaient à l’Upjb. ça fait maintenant une semaine que l’occupation (pseudo-hébergement) a commencé. Moi, je passe toutes mes nuits ici avec Lenny et parfois quelqu’un d’autre. La journée, on « organise » les repas, les douches ... les gens nous amènent des vêtements, essuies, nourriture, argent. Et la vie se met en place. On commence à les connaître mieux. Les noms, c’est pas encore ça, mais la communication fonctionne.
On parle plus facilement avec certains. Ikrach (va savoir comment ça s’écrit) parle bien anglais et il fait un peu chef du truc. Jessy, 20 ans, c’est un sympa qui veut fumer de la ganja. Il nous a appris quelques mots en indien. Puis y’a Radja dans la cuisine qui fait la vaisselle de tout le monde.
Hier soir, un nouveau est venu chanter sa vie, son départ d’Inde, sa traversée par Moscou et l’Italie, avant d’atterrir ici. Dans un pays où ils ne veulent pas être. Et pourquoi ils ont pas droit à un endroit stylé, qui leur plaise !

2 novembre 2008, 17 h 00
On vient de finir la façade de l’Upjb. C’est-à-dire qu’on y a accroché des grands calicots. Il y en a un sur la porte avec un poing levé magnifiquement peint par... moi. Le tout grand, au milieu, va des grilles au balcon. Sur le fond rouge, on peut lire en blanc: «soutien aux sans-papiers», et en plus petit et noir «Appel à la solidarité pour combler l’incompétence de l’Etat !». Hé hé ! Le suivant recouvre le balcon avec «solidarité» en jaune et rouge sur fond vert. Et il y en a un dernier : « NOUS C’EST VOUS »



© Alice Desmedt, 2008 et dans Points critiques, 2018


Metadata

Auteurs
Alice Desmedt
Sujet
Réfugiés sikhs, penjab. octobre 2008. Bruxelles. Forest. Saint-Gilles. UPJB.Solidarité. Mouvement de jeunesse juif progressiste.
Genre
Témoignage. Journal intime. Récit.
Langue
Français
Relation
Revue Points critiques n° 376, mai-juin 2018, UPJB, Bruxelles
Droits
© Alice Desmedt, 2008 et 2018