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Mise au point d'André Reinitz: «Qui ne dit mot consent.»

André Reinitz

Texte

Mise au point d'André Reinitz vis-à-vis de l'article Comment le klezmer fut inventé , par Henri Goldman dans le n° 377 de Points Critiques.

"Qui ne dit mot consent." Mais voilà… je ne consens pas et donc je dis!
C’est à ceux qui ont vécu l’événement que revient la tâche d’empêcher qu’une légende remplace la vérité. En 1985 la chanteuse Myriam Fuks m’a engagé comme accompagnateur attitré. Cependant, quand les clients en avaient les moyens, elle prenait plusieurs musiciens.

C’est ainsi que début 1988 nous nous sommes rendus à Munich pour y animer un mariage. Myriam devait donner un mini-concert entre deux plats et elle s’était entourée de cinq musiciens:Daniella Rapan au violon, Jean-Pierre Debacker à la clarinette, Maurice Le Gaulois à l’accordéon, moi à la guitare et Pierre Boigelot à la contrebasse.

À notre arrivée l’organisateur du mariage nous demanda si nous voulions bien accueillir les invités en musique. C’était quelque peu délicat car nous n’étions pas à proprement parler un orchestre constitué et encore moins un orchestre de musiques juives. Nous nous connaissions à peine et notre répertoire commun se résumait à accompagner Myriam. Par ailleurs j’étais le seul juif de la bande et le seul à connaître le répertoire juif.

Cependant nous étions jeunes et fous! Et nous relevâmes le défi. En pratique je chantais une mélodie avec ma guitare et puis les solistes la reprenaient et la développaient à tour de rôle. Notre performance plut aux invités et plus tard dans la soirée l’organisateur revint nous chercher pour animer une hora [danse traditionnelle juive, en groupe. NDLR], alors qu’ils avaient un orchestre dans la salle. Nous acceptâmes à nouveau et cette fois Myriam se joignit à nous pour improviser une animation d’une demi-heure.

Le succès fut total et dans le train, au retour vers Bruxelles, je proposai de travailler un répertoire complémentaire à celui de Myriam et exclusivement instrumental. Le projet plaisait à Myriam car cela allait lui permettre de proposer à ses clients des animations comparables à ce que nous venions de réaliser. Tous furent d’accord et on se mit au boulot. Comme j’étais garant de l’«authenticité» juive c’est moi qui choisissais les morceaux. Maurice s’étant proposé pour faire les partitions, je lui apportais des 33 tours ou des K7 de groupes similaires au nôtre:«Brave old world», «Kol halaïla», … et il transcrivait les arrangements de ces groupes sur papier à l’attention de chaque musicien.
Notre première prestation publique s’est faite le 25 octobre 1988 au restaurant «La Rose Blanche» à la Grand-Place.

Le projet s’étant concrétisé il fallait trouver un nom à l’orchestre. Un de nos morceaux s’intitulait «Shpil es nokh amol» (Joue-le encore une fois); je le proposai et il fut adopté.

L’aventure de «Shpil es nokh amol» avec les musiciens fondateurs fut brève. Elle s’acheva le 17 mai 1989. Nous nous sommes séparés de Maurice Le Gaulois en lui laissant les partitions, ainsi que le nom du groupe qu’il avait fait enregistrer comme son projet aux «Tournées Art et Vie». Maurice le Gaulois n’a donc pas fondé «Shpil es nokh amol» en 1992…

Nous appelâmes notre désormais quatuor «Di muzikantn» (les musiciens). Plus tard, après quelques années en formule trio, la violoniste Estelle Goldfarb nous rejoignit le 19 octobre 1996. L’année suivante nous sortions un CD intitulé «Krupnik 1» et c’est en 1998 que «Krupnik» devint le nom du groupe.

Par ailleurs, pour être franc, mes chers amis, je trouve quelque peu étrange que dans le «Focus à la rencontre du klezmer» du Points Critiques n° 377 vous n’ayez pas trouvé ne fût-ce qu’une ligne pour signaler l’existence de ce groupe qui depuis 1988 – 30 ans déjà – sous les noms successifs de «Shpil es nokh amol», «Di muzikantn» et «Krupnik» remplit avec succès sa mission de transmetteur culturel dans et en dehors de la communauté juive.

 

Pourriez-vous publier cette mise au point dans votre prochain Points Critiques?
Je vous en remercie d’avance.

© André Reinitz, revue Points critiques n° 383, 2019

 

Metadata

Auteurs
André Reinitz
Sujet
Droit de réponse. Rectification sur la création du groupe «Shpil es nokh amol» de musiciens klezmer; l'article "Comment le klezmer fut inventé", par Henri Goldman dans le n° 377 de Points Critiques.
Genre
Témoignage culturel
Langue
Français
Relation
Revue Points critiques n° 383, nov.-déc. 2019
Droits
© André Reinitz, revue Points critiques n° 383, nov.-déc. 2019