© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Le ticket d'entrée pour la Flandre

Anne Gielczyk

Texte

Beaucoup d'entre vous n'ont pas reconnu le personnage sur la couverture du précédent Points Critiques (n° 382).
Eh bien les ami.e.s c'est bien la preuve qu'on vit dans "deux démocraties différentes", comme dit l'autre. Le jeune homme propre sur lui, de la couverture, c'était ni plus ni moins que le nouveau président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken. Il a récolté 19% des voix en Flandre le 26 mai 2019 et Bart De Wever a loooonguement négocié avec lui… ils ont pratiquement passé l'été ensemble – avant de former un gouvernement sans lui, mais pas sans reprendre quelques-unes de ses idées.

Comme par hasard, c'est surtout dans le domaine des droits des "étrangers" que le nouveau gouvernement flamand mène l'offensive. Le parcours d'intégration, le fameux "inburgeringstraject", sera désormais payant. 360 euros par tête. Le prix du ticket d'entrée augmente, comme le dit platement Jan Jambon, le nouveau Ministre-Président; mais une fois entrés, nous assure-t-il, tout le monde bénéficiera des mêmes droits.

Car s'il faut en croire Jambon, s'il y a bien une chose qu'il exècre (waarvan ik gruw), c'est le racisme. C'est sans doute pour ça que le nouveau gouvernement a décidé de virer Unia (l'ex-Centre pour l'égalité des chances)! Ça faisait un bout de temps qu'Unia était dans le collimateur de la N-VA.
En 2017 déjà, Liesbeth Homans (alors ministre N-VA) avait déclaré: «Unia ne défend qu'un seul groupe dans la société, les gens d'origine allochtone». «Une blonde aux yeux bleus qui se fait traiter de pute nazie, n'a aucune chance de se faire entendre par Unia», avait-elle ajouté.
Une affirmation gratuite dont on notera le langage choisi.

Un programme ambitieux, chaleureux et social, selon la N-VA, que même l'aile la plus droitière du MR trouverait imbuvable; et ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est un journaliste flamand (Steven Van Garsse, Bruzz du 2/10/2019). Flamand de Bruxelles, précisons-le, ça n'est pas exactement la même chose et ça le sera de moins en moins vu la manière dont ils sont traités par leur communauté.
C'est qu'on s'en fiche pas mal du Flamand de Bruxelles, en Flandre. Jan Jambon n'a cité qu'une seule fois Bruxelles, lors de sa prÉsentation du programme de gouvernement, et encore, c'était pour parler du périphérique, le Brusselse Ring, qui se situe comme on sait… en Flandre.
On notera que Jan Jambon a ajouté la culture à ses attributions de premier flamand. Normal, me direz-vous, Jambon est un grand amateur d'opéra, il se fait plaisir.

Ne soyez pas naïfs, il s'agit de mettre au pas le secteur culturel et plus particulièrement à Bruxelles, où les théâtres flamands mènent depuis 20 ans avec les deniers flamands une politique d'ouverture multiculturelle. Ils n'ont qu'à bien se tenir, la N-VA va venir mettre de l'ordre dans tout ça.
Moi je leur dis juste ceci: Pas op, vrienden!, un jour, quand l'eau de la mer aura bien monté, et ça peut aller vite ces choses-là, vous vous retrouverez aux portes de Bruxelles à demander l'asile, eh bien, la facture de votre ticket d'entrée risque d'être aussi salée que l'eau qui recouvrira la Flandre et même si il le voulait, Unia ne pourra rien pour vous.

© Anne Gielczyk, revue Points critiques n° 383, 2019

 

Metadata

Auteurs
Anne Gielczyk
Sujet
Parti politique extrémiste flamand en Belgique Vlaams Belang. Parti N-VA. Unia, ex-Centre pour l'égalité des chances
Genre
Pamphlet socio-politique
Langue
Français
Relation
Revue Points critiques n° 383, 2019
Droits
© Anne Gielczyk, revue Points critiques n° 383, 2019