© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Vincent Engel sur les traces d’une civilisation perdue

Tessa Parzenczewski

Texte

Cela commence à l'université. Charles Vinel, un jeune professeur d'archéologie et écrivain à ses heures, peine à faire éditer sa thèse. Une rencontre providentielle changera sa vie. Hermann Kopf, un personnage énigmatique à la fortune colossale, lui propose de collaborer à une étrange entreprise:ressusciter Maramisa, une civilisation disparue. Une longue quête s'amorce. A l'ère d'Internet, quelques traces apparaissent. Fragments d'écritures inconnues, indéchiffrables, sont-ce même des lettres? Mais aussi des légendes orales, transmises de générations en générations et encore vives dans les mémoires de représentants de cette communauté dispersés de par le monde. Des légendes qui parlent «d'un peuple plus ancien que le peuple juif mais qui partageait avec ce dernier la haine et le rejet des autres nations». Après de multiples recherches, le site est repéré. Quelque part, aux confins de l'Asie, en plein désert, dans ce qui semble être une ancienne république soviétique à la population musulmane, se dressent les vestiges d'une cité et d' une nécropole. Comme envoûté, Vinel tente de décrypter la mystérieuse mathématique qui régit la disposition des tombes et entame aussi, par le détour de la poésie, une «traduction» des signes, mots? dessins? qui figurent sur ses fragiles documents. Mais Hermann Kopf n'est jamais loin.
Sorte de Big Brother harnaché d'une technologie impressionnante, génial manipulateur, il entretient une relation autoritaire avec son archéologue, en même temps fasciné et méfiant.


Mais comment ressusciter Maramisa?

Et pourquoi? Échec au temps? Échec à la mort? Et là Vincent Engel embarque le lecteur dans un long périple labyrinthique où, non loin des ruines, Kopf érige un gigantesque complexe commercialo-touristique, aux innombrables dédales, à donner le vertige. Maramisa sera aussi un spectacle flamboyant monté par Francesco Cairano, dans lequel on reconnaît sans peine Franco Dragone, ami de l'auteur. Le récit est riche en péripéties, rencontres amoureuses, personnages ambigus, et, inattendue, une bifurcation vers l'Argentine des généraux , avec dans ses replis un nazi encore redoutable…

Comme Vinel, le lecteur est désorienté, happé par une réalité virtuelle où tous les repères sont bousculés. Et si tout cela n'était qu'un vaste trompe-l'œil? Et si la véritable histoire se déroulait quelque part, loin des regards?

Maramisa, une métaphore? Une nostalgie? En tout cas un récit agencé avec brio, aux registres multiples, entre poésie, onirisme et implacable réalisme.


 

© Tessa Parzenczewski, revue Points critiques n° 383, 2019

Vincent Engel, Maramisa, éditions Les Escales., 521 p., 24,70 euros

Metadata

Auteurs
Tessa Parzenczewski
Sujet
Roman par Vincent Engel, Maramisa, éditions Les Escales, 2019
Genre
Chronique littéraire
Langue
Français
Relation
Revue Points critiques n° 383, 2019
Droits
© Tessa Parzenczewski, revue Points critiques n° 383, 2019