© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

9 / hiver 2014-2015

Dans la peau de l'autre

Sommaire

  • Dossier : Dans la peau de l'autre
  • Sommes-nous une espèce programmée pour la compétition ? Évolution et empathie
    Valéry Witsel
  • La Théorie des sentiments moraux d'Adam Smith (extrait)
  • L'empathie est-elle morale ?
    Fabrice Garcia
    En s'inscrivant dans sa longue tradition darwinienne, la biologie contemporaine cherche à rendre compte de l'empathie et de ses relations avec le sens moral. Les découvertes sur les neurones miroirs ainsi que nombre d'observations sur l'entraide entre espèces vivantes ou sur les enfants prétendent légitimer cette démarche. Il convient d'interroger une si belle assurance.
  • Pourquoi la violence est-elle en déclin?
    / Sur Steven Pinker
    Pierre-Étienne Vandamme
    Dans son récent ouvrage The Better Angels of Our Nature: The Decline of Violence in History and its Causes (2011), le psychologue de l'université de Harvard Steven Pinker prend à contre-courant bon nombre d'intuitions partagées sur la violence de nos sociétés ou de notre époque. L'histoire de l'humanité, aussi sombre soit-elle, constitue en effet, argue-t-il chiffres à l'appui, un long processus de pacification. À travers l'évolution qu'a connue l'Europe, Pinker étudie les causes sociales, psychologiques et biologiques du déclin de la violence, et éclaire ainsi les raisons pour lesquelles des taux de violence importants subsistent encore aujourd'hui dans certaines parties du globe malgré la pacification générale de notre espèce.
  • Pour en finir avec la virilité
    Pierre-Étienne Vandamme
    La plupart des sociétés humaines ont toujours encouragé la virilité, entendue comme une capacité d'endurance de la souffrance, au moins pour ce qui concerne les hommes. Cette attitude a sans doute en partie contribué aux premiers succès de l'espèce – se maintenir en vie. Il se peut cependant que nos plus belles conquêtes – la paix et la justice – soient le fruit du contraire de la virilité, à savoir l'empathie, la capacité de ressentir la souffrance d'autrui, de se laisser émouvoir. Aujourd'hui, ces acquis sont menacés par une organisation économique qui nous ramène à des modes d'interaction primaires. Pour s'émanciper une fois pour toutes des lois de l'évolution, peut-être devons-nous en finir avec la virilité et refuser la souffrance (du moins quand elle n'est pas nécessaire au maintien de la paix et de la justice).
  • L'empathie au cinéma : de l'effet-phi aux neurones miroirs
    Quentin Dispas
    L'empathie, cette « faculté intuitive de se mettre à la place d'autrui, de percevoir ce qu'il ressent » (Larousse), est depuis longtemps un objet d'étude pour les théoriciens du cinéma. Mais que sait-on d'elle ? Qu'en disent les différents théoriciens ? Quelle est la différence entre identification et empathie ? À quoi servent les neurones miroirs ? Le présent article propose un bref survol des recherches sur la notion d'empathie au cinéma, depuis le début du vingtième siècle jusqu'à nos jours.
  • Le documentaire et l'empathie. Témoignage
    Laure Kervyn
    Le Larousse définit l'empathie comme « la faculté intuitive de se mettre à la place d'autrui, de percevoir ce qu'il ressent ». En psychothérapie, c'est selon Carl Rogers l'une des trois attitudes fondamentales du psychothérapeute – un instrument mis au service de la personne qui vient le consulter. En cinéma documentaire, c'est tout à la fois un instrument, un objectif... et un véritable sac de nœuds. Comme le psychothérapeute, le documentariste est « empathique » : cette attitude est, le plus souvent, la condition de possibilité de la relation nouée avec les personnes filmées. Il espère que le documentaire « sensibilisera » les spectateurs et qu'il leur permettra de « se mettre à la place » des personnes filmées, voire de « percevoir ce qu'elles ressentent » – objectif qui est aussi le contre-don censé compenser leur instrumentalisation. Leurre, évidemment... Mais leurre qui l'oblige à interroger les relations qu'il noue ou tente de nouer avec les personnes filmées, avec les spectateurs, et entre les personnes filmées et les spectateurs. À chaque étape du processus de réalisation, il se retrouve systématiquement confronté, de mille et une façons, à la même question : que fait-il de la vie que celles et ceux qu'il filme exposent en la partageant avec lui ?
  • « Mais qui, d'entre Romain et moi, était Ajar ? »
    Guillaume Willem
    Émile Ajar est un cas unique dans la littérature française. En lui se jouent plusieurs vies ; la réalité et l'imaginaire y dialoguent.
  • Romain Gary et Émile Ajar – Paul Pavlowitch à "Apostrophes" / transcription
    Guillaume Willem
    Le 3 juillet 1981, suite à la parution de son livre, et huit mois après la mort de Romain Gary, Paul Pavlowitch est invité à participer à l'émission télévisée Apostrophes. Avec le présentateur Bernard Pivot, l'ami d'enfance de Gary François Bondy, l'écrivain français Michel Tournier et le psychanalyste Gérard Mendel, Pavlowitch revient sur l'« affaire Ajar » et sur ces années durant lesquelles il a incarné l'auteur inventé par Gary.
  • Être là, être soi : rencontre avec Jean-Baptiste Malet.
    Bosco d'Otreppe
    L'empathie pour le journaliste est un levier indispensable comme un piège redoutable. Réflexions spontanées.
  • Les hommes d'en bas
    Jean-Édouard Delreux
    Jean-Édouard Delreux revient sur sa pratique d'écriture : « Je n'aurais sans doute jamais écrit si je n'avais été happé, il y a longtemps déjà, par les manifestations de la marginalité. Il est de ces images qui marquent à jamais, laissant une cicatrice indélébile, une brèche, une fascination, qu'une vie entière ne saurait effacer. Effacer, ou raviver au contraire, car c'est à la recherche de moi-même que je m'en vais errer, çà et là, éprouvant ce qui m'est propre et ce qui ne l'est pas. Je ne saurais dire quelle fut la première fois où je me sentis vaciller devant l'étrangeté d'un Autre qui jamais ne serait moi... ».

  • Varia