© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Trinquons au lancement de TRINKHALL Museum!

Michel Ducobu

Texte

Le Parc d’ Avroy, à Liège, s’en trouve tout réjoui.
Son nouveau musée Le Trinkhall museum, anciennement MADmusée, a entrouvert ses portes depuis juin 2020, avec réservation obligatoire, et les ouvrira plus officiellement en septembre 2020.
Prévu en mars 2020, l’événement a subi le Covid, et sa première exposition a dû attendre ses visiteurs impatients...
Nous en étions, ce dimanche de début d’été, et nous en sommes sortis ravis.

Situé au cœur du parc, non loin de la future ligne de tramway, il offre une surface d’exposition et de documentation de 600 m2 et un café-restaurant avec terrasse. Recouvert d’une résille opaline aux contours arrondis, il a de l’allure, de la légèreté et suscite immédiatement la curiosité du passant.

On imagine à peine l’ancêtre du Trinkhall, construit au même endroit en 1880, et qui avait plutôt l’air d’un palais oriental avec ses deux tours mauresques. Les bourgeois et les jeunesses y dansaient, se restauraient et se passionnaient déjà pour le cinéma muet.

Puis le lieu a subi pas mal de déboires, d’abandons et de reconstructions avant d’accueillir aujourd’hui les arts «situés». Nouveau concept ou approche plus humaine pour désigner l’art différencié, qu’on qualifie aussi de brut ou de naïf, selon le mode d’expression des artistes ou l’interprétation des experts...

Le terme «situé» indique ici qu’il s’agit avant tout d’intégrer la dimension fondamentale de l’environnement où l’auteur a pu s’exprimer (atelier pour personnes handicapées, école, clinique, home...).

Sont présentés dans ce magnifique écrin de nombreux artistes du Créahm (créé à Liège en 1979 par Luc Boulanger) et quelques grandes pointures de l’art moderne et contemporain: audacieuse initiative qui mêle donc plusieurs sources et pratiques, thérapeutiques ou entièrement professionnelles.

Détaillons-en quelques-unes.

Lle musée idéal d’ Alain Meert (un des artistes phares des ateliers du Créahm) consistant en un immense vaisseau de carton et de papier où s’exposent pêle-mêle dessins, peintures et sculptures. Un travail saisissant qui donne l’envie au spectateur de monter à bord de cette nef fabuleuse pour un long voyage imaginaire.

Jean-Michel Wuilbeaux, membre de l’atelier de la Pommeraie (Beloeil) occupe une salle voisine avec ses peintures amboyantes et son langage fantaisiste, où l’on retrouve sa région minière réinventée de toutes pièces sous le titre-choc: «A tout n’a rien gagner».

A l’étage, une large galerie, où se côtoient des œuvres très variées, pastels, acryliques, fusains, encres, lithos, photographies, sculptures, signées par des inconnus ou des maîtres réputés mais qui ont toutes un point commun: la force de frappe, la souffrance dévoilée, aux côtés de signatures très connues, Yvon Vandycke, Bengt Lindström, Jean Dubu et James Ensor... Une suite impressionnante de visages/frontières s’alignant sur la thématique choisie et qui vous marquent et vous émeuvent au plus profond.

Une dernière surprise mais de taille: la cabane de Pascal Tassini, où l’artiste-magicien a joué avec le textile qu’il a multiplié quasi à l’in ni pour nouer, entremêler, colorier, magnifier le désordre, les objets de récup’, le fourbi envahissant du quotidien à la hauteur d’un monument fragile et splendidement éphémère...


L’ensemble exposé est rare et fascinant, il déborde d’originalité et permet surtout de découvrir des collections et des œuvres d’une intense humanité. Des arts du dehors qui vous touchent au coeur, tout simplement.

 

© Michel Ducobu, revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020

 

 

Metadata

Auteurs
Michel Ducobu
Sujet
Trinkhall museum. arts situés. différenciés. art brut. art naïf. ancien MADmusée. Parc Avroy. Liège. Wallonie. Belgique.
Genre
Chronique culturelle
Langue
Français
Relation
Revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020
Droits
© Michel Ducobu, revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020