© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

In Memoriam Jenny d'Inverno

B. L.

Texte

Cette grande dame du wallon nous a quitté·e·s le 25 juin 2020.

Elle était née à Liège, au quartier Sainte-Marguerite, le 28 mars 1926. C’est à ses grands-parents paternels originaires d’un petit village perdu entre Naples et le Mont Cassin qu’elle devait son nom.

Elle joua un grand rôle au théâtre. À 10 ans déjà, elle se trouvait sur la scène du Trianon avec une troupe enfantine. Institutrice primaire puis assistante sociale, elle poursuivit son engagement au théâtre comme récitante pour l’enregistrement des pièces wallonnes di usées à la radio.

Elle se mit très tôt à l’écriture en wallon, en poésie et en prose. Dès 1952, la revue namuroise,”Les Cahiers wallons”, présentait 12 de ses poèmes, honorés du Prix des Critiques wallons.

En 1956, elle crée avec Camille Caganus, le Théâtre dialectal populaire dont elle assumera seule la direction en 1958.

Avec cette troupe, elle renouvelle complètement la scène liégeoise en ce qui concerne le répertoire et la mise en scène.
Son adaptation d’Antigone d’après Sophocle est créée en la Salle de l’Émulation le 22 janvier 1957. Elle interprète le rôle de la lle d’Œdipe.

Elle reçoit en 1961, le Prix d’encouragement de la Province de Liège pour l’ensemble de ses activités dialectales.
En 1963, on lui confie la direction administrative et artistique du Trianon. Elle quitte toutes ses activités professionnelles pour s’y consacrer. Elle restera à ce poste jusqu’en 1967. Soutien du Ministère de la Communauté française, en particulier celui de la Direction générale de la Culture – Service général des Arts de la Scène – Service Théâtre

En 1968, elle assume les fonctions d’attachée à la Direction Générale de la Jeunesse et des Loisirs au Ministère de la Communauté française, et ce aux côtés de Marcel Hicter, son ami.

En 1971, elle est la première dame à devenir membre titulaire de la Société de langue et de littérature wallonnes.

En 1979, pour l’Atelier dialectal Marcel Hicter qui a succédé au Théâtre dialectal populaire, elle interprète Célestine, L’Acopleûse, dans la pièce éponyme de l’écrivain hesbignon (v. couverture de Cocorico 3-2020). Cette pièce est une adaptation de La Célestine de Fernando de Rojas,15e-16e s.


Il est difficile de décrire l’activité déployée par Jenny d’Inverno dans le domaine du théâtre: création de nombreux premiers rôles, formation d’acteurs et de metteurs en scène, présence à de nombreux jurys. Elle réclamait de ses comédiens la même exigence que celle qu’elle exigeait d’elle-même, aspirant à hausser le théâtre en wallon au niveau du théâtre en français.

En 2002, elle reçut le Prix de littérature dramatique pour la pièce L’Île dès gades. Cette pièce avait été choisie pour le Gala wallon de la Province de Liège 2020, lequel est reporté à 2021.


L’essentiel de l’œuvre poétique de Jenny d’Inverno se trouve dans son recueil On neûr vèvî qu’on nome amoûr, édité par la SLLW, 1977. Sept de ces poèmes ont été traduits en anglais par Yann Lovelock et publiés dans deux anthologies de celui-ci.
Quelques mots de Jean Lechanteur pour caractériser cette œuvre:

«Un livre d’amour aux accents poignants jamais entendus encore en wallon, un hérissement de fer sur des eaux profondes qui fait penser au peintre Jean Ransy. Un grand art.»


Notons enfn que Jenny d’Inverno a joué un grand rôle en assurant et en dirigeant les formations de comédiens et de metteurs en scène organisées par l’Union Culturelle Wallonne ; et ce pendant de nombreuses années en collaboration avec Théo Massart.


© B. L., revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020



Metadata

Auteurs
B. L.
Sujet
Biographie artistique Jenny d'Inverno. Théâtre wallon. Théâtre dialectal. Liège. Namur. Atelier dialectal Marcel Hicter. Directrice Théâtre du Trianon. Attachée Direction générale Jeunesse et Loisirs Ministère Communauté française
Genre
Chronique artistique
Langue
Français
Relation
Revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020
Droits
© B. L., revue Cocorico n° 55, 3e trimestre 2020