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Luxembourgeois sur le pavois

 Christian Vanrobays

Texte

Le petit Grand-Duché de Luxembourg (2 586 kilomètres carrés), avec près de 512 353 habitants au dernier recensement de 2011, parmi lesquels 291 831 Luxembourgeois — âge moyen de 41,33 ans — et 220 522 étrangers — âge moyen de 35,30 ans — (dont 82 363 Portugais, possédant en majorité un taux d'éducation faible), a toujours exercé un pouvoir d'attraction sur ses voisins : les cigarettes et le carburant y étaient moins chers, et on franchit encore la ligne de partage des pays pour se procurer de l'alcool dans les magasins frontaliers.

Mais surtout, à l'instar de la Suisse (une région touristique grand-ducale s'appelle d'ailleurs la petite Suisse) dont j'ai parlé précédemment (Francophonie vivante,1-2013), le Luxembourg cultive un secret qui irrite beaucoup de ses partenaires en Europe, le secret bancaire – protégé par le code pénal du pays, mais appelé à disparaître au 1er janvier 2015 (aïe !).

Le train du Luxembourg était bien connu des Belges qui allaient y « toucher leurs coupons » et qui envoyaient les documents bancaires qu'on leur remettait par courrier postal à leur adresse en Belgique de peur des contrôles lors du voyage de retour.

Alors que l'acier contribuait pour une bonne part au P.I.B. du pays (30 % en 1960), il ne représente plus aujourd'hui que 2 %. C'est surtout la finance qui participe à la richesse du pays, avec un peu moins de 150 banques. En 2005, 46 % du P.I.B. en provenaient. Les actifs bancaires (780 milliards d'euros) représentent 70 fois le montant du P.I.B. Pourtant, l'agriculteur sait, lui, que la monoculture est néfaste...

Ainsi, dans le patrimoine national du Grand-Duché (M. Jungblut, D'Spuerkeess, in Sonja Kmec, Benoît Majerus, Michel Margue, Pit Peporte, dirs, Lieux de mémoire au Luxembourg. Luxembourg. Éd. Saint-Paul, 2008, 376 p.), il y a une banque : la Spuerkeess (Banque et Caisse d'épargne de l'État), née en 1856. Ceci peut montrer l'attachement grand-ducal aux symboles d'un passé récent (État indépendant en 1839). Dans le domaine qui nous occupe, celui des langues, c'est avec une certaine surprise que l'on découvre comment débute le texte d'une loi grand-ducale qui ne date pas d'une époque révolue de la monarchie de droit divin et de l'imposition d'une religion d'état, mais du 24 février 1984 : « Nous JEAN, par la grâce de Dieu, grand-duc de Luxembourg, duc de Nassau ».

Cette loi dit, dans son article 1er « La langue nationale des Luxembourgeois est le luxembourgeois. »
L'article 2 précise que « les actes législatifs et leurs règlements d'exécution sont rédigés en français. Lorsque les actes législatifs et réglementaires sont accompagnés d'une traduction, seul le texte français fait foi. »

L'article 3 stipule que « en matière administrative, contentieuse ou non contentieuse, et en matière judiciaire, il peut être fait usage des langues française, allemande ou luxembourgeoise ».


L'identité nationale ?

C'est l'action du militantisme linguistique de l'Actioun Lëtzebuergesch, fondée en 1971, qui sera le moteur civil menant à la loi de 1984 laquelle, il faut le préciser, ne fit pas l'unanimité dans tous les milieux. Dans un contexte économique difficile (choc pétrolier, puis début de la mondialisation), des mutations politiques (intégration européenne) et avec une forte immigration, un sentiment d'insécurité nationale s'installe. Le luxembourgeois apparaît comme différent de la langue de l'ex-envahisseur (l'allemand) et de l'élite cosmopolite (le français).

Se pose ainsi la question de l'identité. Alors que le luxembourgeois était pratiqué couramment comme « dialecte » francique — ce qu'il est toujours dans la région d'Arlon, en Wallonie – (il fut un facteur de résistance à l'occupant allemand durant la deuxième guerre mondiale), le politique va lui donner un statut destiné à renforcer l'idée de nation.

« Il faut attendre la loi du 24 février 1984 sur le régime des langues pour que soit reconnue officiellement pour la première fois l'identité linguistique luxembourgeoise, en consacrant le luxembourgeois comme langue nationale. » C'est ce qu'on peut lire dans Tout savoir sur le Grand-Duché de Luxembourg – Langues (http://www.luxembourg.public.lu), qui est une publication officielle. Toutefois, un peu plus loin, on lit :
« Bien que le bilinguisme historique ait été transformé en multilinguisme [...] personne n'oserait refouler pour autant le français et l'allemand. L'importance de ces deux langues n'est pas seulement politique, mais représente l'identité nationale créée de la coexistence du monde roman et germanique. »
On s'interrogera sur la différence entre une identité linguistique et une identité nationale...

La loi sur la nationalité luxembourgeoise du 23 octobre 2008 introduit la possibilité de double nationalité (destinée à attirer des candidats à la naturalisation ; de même, si on a un aïeul en ligne directe paternelle ou maternelle qui était luxembourgeois à la date du 1er janvier 1900, un non-Luxembourgeois a la possibilité de recouvrer la nationalité luxembourgeoise. Ou comment augmenter le nombre de ses nationaux...) en sachant toutefois que le candidat devra subir un test de langue luxembourgeoise parlée...

Le luxembourgeois est donc la langue nationale des Luxembourgeois. Par comparaison, en 1992, la phrase « La langue de la République est le français. » a été ajoutée à l'article 2 de la constitution française. Ainsi, on voit la préférence, au Luxembourg, pour une langue de citoyen plutôt qu'une langue de territoire.


Qui parle (et écrit) le luxembourgeois?

Le recensement de la population de 2011 indique que 70,5 % de la population parle le luxembourgeois, 55,7 % le français et 30,6 % l'allemand, au travail, à l'école et/ou à la maison.

En 2011 toujours, 54% des enfants fréquentant l'école fondamentale et plus de 40% le secondaire ne parlent pas luxembourgeois comme première langue à domicile.

En 2010, le député Fernand Kartheiser pose une question parlementaire à la Ministre de l'Education, Mady Delvaux-Stehres à propos d'un questionnaire, établi en allemand, français et portugais, destiné à récolter des données auprès de parents et d'enseignants de l'enseignement primaire. « Comme la langue luxembourgeoise est l'unique langue nationale du pays et, ensemble avec le français et l'allemand, une des trois langues administratives du pays, on peut s'étonner de ce choix, d'autant plus que le portugais ne jouit pas d'un statut officiel au Luxembourg... », s'inquiète le député.

La réponse de la Ministre est simple : « Le luxembourgeois est la langue nationale des Luxembourgeois, non pas celle du Grand-Duché de Luxembourg... » Et, plus curieux, elle ajoute : « Le luxembourgeois n'est pas utilisé comme langue écrite vu que cela ne correspondrait pas aux usages du pays et que la très grande majorité des Luxembourgeois renâclent sur la lecture de textes rédigés en luxembourgeois et préfèrent lire des documents rédigés en langue allemande ou française... »

En effet, il existe, de manière anecdotique, une presse écrite en langue luxembourgeoise (et l'on trouve parfois des articles rédigés dans cette langue dans les journaux importants). Toutefois, la radio et la télévision proposent des programmes dans la langue nationale, ce qui confirme son caractère oral. Il est pourtant remarquable, à propos de la presse, de constater que les journaux en allemand représentent le double des journaux en français.

Cependant, on a écrit en luxembourgeois avant 1984 : le recueil poétique E' Schrek ob de' Lezeburger Parnassus, d'Antoine Meyer, publié en 1829, est le premier livre en luxembourgeois (le premier livre en allemand, Rudolph und Adelhaid, de Louis Marchand, sort en 1826 à Luxembourg ; le premier livre en français, le roman Marc Bruno. Profil d'artiste, de Félix Thyes, est édité à Bruxelles en 1855).
En 1985 paraît Hannert dem Atlantik, premier roman en luxembourgeois de Guy Rewenig. Puis, Roger Manderscheid, Nico Helminger, Jhemp Hoscheit ou Josy Braun poursuivent dans la même langue. Les spécialistes datent d'ailleurs la véritable existence d'une littérature luxembourgeoise du début des années 80.

Il est donc faux de dire que le luxembourgeois ne s'écrit pas. Il suffit de faire des recherches sur internet pour voir le contraire et les témoignages signalent l'usage fréquent de cette langue dans les courriels et les textos.

Le 29 juillet 1999, une loi crée un Conseil permanent de la langue luxembourgeoise, chapeautant plusieurs groupes de travail : un groupe de travail chargé de suivre l'évolution de la langue luxembourgeoise et notamment de fixer une orthographe simplifiée du luxembourgeois ; un groupe de travail chargé d'élaborer un dictionnaire pratique du luxembourgeois en un volume ; un groupe de travail chargé d'élaborer une nouvelle version de l'ancien Luxemburger Wörterbuch et un groupe de travail chargé d'élaborer un dictionnaire plurilingue du luxembourgeois.

Dans Introduction à l'orthographe luxembourgeoise. Description systématisée de l'orthographe officielle luxembourgeoise telle qu'exposée en annexe de l'arrêté ministériel du 10/10/1975 et modifiée par les révisions proposées en annexe du règlement général grand-ducal du 30/07/1999 (http://www.cpll.lu/), on peut lire : Une langue nationale a besoin d'une orthographe reconnue officiellement pour pouvoir être écrite, lue et enseignée.

Le Lëtzebuerger Online Dictionnaire (http://www.lod.lu/lod/) est un dictionnaire plurilingue qui indique les mots de la langue luxembourgeoise avec leur traduction en allemand, en français, en anglais et en portugais ; mais il ne permet de ne rechercher que les mots commençant par les lettres A à R. Chaque terme est accompagné d'exemples en luxembourgeois qui en illustrent l'usage.

Le luxembourgeois est une langue encore en construction et il aurait peut-être mieux valu mettre au point les outils de son apprentissage avant de lui donner un statut législatif. Un exemple frappant : l'Université de Luxembourg (créée en 2003) a ouvert en septembre 2009 une maîtrise (un mastère) en langues, cultures, médias – Lëtzebuerger Studien. Elle doit permettre de former des professeurs de langue luxembourgeoise (fonction définie par la loi du 7 mai 2009).


Comment apprend-on le luxembourgeois ?

Au cycle 1 (enfants de 3 à 5 ans), une importance particulière est accordée à l'apprentissage du luxembourgeois, langue de communication de ce cycle. C'est ce qu'on peut lire sur le site du Ministère de l'Éducation nationale (http://www.men.public.lu/fr/systeme-educatif/langues-ecole-luxembourgeoise/index.html).

Les enseignants parlent autant que possible le luxembourgeois avec leurs jeunes élèves. La préoccupation première est de développer les capacités langagières de tous les enfants. Pour les enfants d'origine étrangère, l'école est souvent le premier lieu d'exposition à la langue luxembourgeoise.

Le texte de loi de 2009 précise comme apprentissage : le langage, la langue luxembourgeoise et l'éveil aux langues. Va-t-on faire de la linguistique avec les enfants en leur expliquant la différence entre langage et langue ?

L'apprentissage de l'allemand est introduit à l'âge de 6 ans, au cycle 2.1 de l'enseignement fondamental, ce qui veut dire que les élèves apprennent à lire et à écrire en allemand.

Le français est intégré au programme l'année suivante (au cycle 2.2). La langue véhiculaire de l'enseignement fondamental est l'allemand.

La loi dit qu'aux deuxième, troisième et quatrième cycles de l'enseignement fondamental, l'apprentissage est : l'alphabétisation, les langues allemande, française et luxembourgeoise ainsi que l'ouverture aux langues.

Dans l'enseignement secondaire, la langue véhiculaire des premières classes de l'enseignement secondaire ainsi que de l'enseignement secondaire technique est l'allemand. Les disciplines suivantes peuvent être enseignées dans les classes inférieures de l'enseignement secondaire classique et de l'enseignement secondaire général : allemand, anglais, français, latin, luxembourgeois.

C'est le français qui prédomine à partir de la 4e année d'études. Aux classes supérieures, une 4e langue est ajoutée qui peut être le luxembourgeois, l'espagnol, l'italien ou le portugais. Au cours de l'enseignement secondaire et de l'enseignement secondaire technique s'ajoute l'apprentissage de l'anglais comme langue obligatoire.

Le volume d'heures consacré à l'apprentissage des langues durant tout le parcours scolaire atteint 50% du total des matières.

Dans un document officiel (http://www.reformelycee.lu/la-reforme/les-enjeux-de-la-reforme/) concernant la réforme du lycée, on lit : L'atout du Luxembourg est son multilinguisme (luxembourgeois, français, allemand, voire anglais) ; il doit être maintenu tout en respectant l'identité, le particularisme de chaque élève, notre richesse venant de cette diversité culturelle.

Le Luxembourg est un pays plurilingue, où la population emploie en même temps plusieurs langues selon le type de communication ; le multilinguisme, présenté à tort comme un synonyme du précédent, est le fait de connaître plusieurs langues.

Le modèle du trilinguisme où chacun apprend indifféremment les trois langues est remis en cause. Pour justifier la réforme du lycée, la littérature officielle dit : [...] tout en veillant à ce que l'enseignement multilingue ne constitue pas un obstacle infranchissable pour un grand nombre d'élèves d'accéder à une qualification. Voilà pourquoi l'enseignement des langues est aménagé de manière à donner à tous les élèves de l'école luxembourgeoise des compétences dans les trois langues du pays, de permettre l'apprentissage de l'anglais au plus grand nombre et de valoriser les langues maternelles autres que les langues de l'école.

La grande proportion des échecs scolaires (retard scolaire de 61,9 % en 2005-2006) et les mauvais résultats aux tests PISA expliquent cette volonté d'assouplir l'enseignement des langues (Il est illusoire de prétendre que les élèves de l'école luxembourgeoise ont des compétences identiques dans les langues. Des niveaux de compétence langagière seront définis pour les différentes filières).
Mais il faut aussi développer l'apprentissage de l'omniprésent et tout-puissant anglais.


La langue du pain

Important demandeur de main-d'œuvre, le Grand-Duché attire de nombreux travailleurs frontaliers, de Belgique ou de France. Et, bien que le français fonctionne comme une lingua franca dans le pays, l'exigence de parler luxembourgeois apparaît de plus en plus dans les contrats de travail. Et c'est ici que l'on constate que l'on passe de la langue du citoyen à la langue du territoire.

J'ai sous les yeux un lexique français-luxembourgeois à destination des travailleurs transfrontaliers. Les promoteurs belges en sont la Province de Luxembourg, le Forem (formation des demandeurs d'emploi) et la CSC (syndicat chrétien).

Des cours du soir de luxembourgeois sont organisés à Arlon, mais l'offre ne répond pas à la demande. De plus, une nouvelle loi de février 2009 introduit un congé spécial supplémentaire destiné à permettre aux salariés et aux indépendants d'apprendre le luxembourgeois.

Toutefois, c'est un apprentissage qui prend du temps. C'est une langue compliquée qui n'a rien à voir avec le français, rappelle Tiago Veiga, conseiller en formation à l'institut Inlingua. La grammaire est très difficile, l'orthographe très compliquée, même pour les Luxembourgeois. De plus, Esther Cornero, chargée des cours organisés par la Ville de Luxembourg, déclare : 43 Luxembourgeois suivent les cours parce qu'on n'apprend quasiment pas la grammaire à l'école.


Conclusion

Le modèle trilingue grand-ducal traditionnel – le luxembourgeois, langue affective, libre, non fixée, nourrie de mots allemands ou français au gré du locuteur ; l'allemand, comme manière d'écrire le luxembourgeois (et on peut penser au rapport du suisse alémanique avec l'allemand) ; le français, comme langue de communication courante et langue de culture (attrait des universités françaises et belges) – a du mal à encore fonctionner.

L'institutionnalisation, comme langue nationale, du luxembourgeois s'est faite dans une sorte de précipitation que l'on peut interpréter de différentes façons ; je réfute, pour ma part, le souci d'identité, je parlerais plutôt de particularisation, comme les marques de voitures qui se caractérisent par un logo. Et je pense que le Grand-Duché cherche à donner une image à sa population. En marketing, on parle de nation branding (image de marque nationale).

Une enquête effectuée sur la perception du Luxembourg à l'étranger signalait parmi les points négatifs : paradis fiscal et secret bancaire (176 citations sur 554), pays conservateur et bourgeois (118 citations), pays égocentrique et égoïste (77 citations). La langue luxembourgeoise peut être un point de ralliement pour créer de l'unité nationale face à la « mauvaise réputation ».

Je constate que la manière dont cette langue est enseignée est bien empirique (apprentissage unique pour les enfants de 3 à 5 ans), puis conjointement avec l'allemand et le français. Quand (ou si) l'enseignement du luxembourgeois va se développer, il va imposer des cadres (orthographe, grammaire, vocabulaire, prononciation) et une norme va se dégager des écrits littéraires. Qu'en sera-t-il alors de son attractivité ?

L'allemand, semble-t-il, retrouve des couleurs, notamment par le biais de la télévision ; il bénéficie bien sûr de sa proximité linguistique avec le luxembourgeois. De plus, la population qui a souffert de la deuxième guerre mondiale s'amenuise, et l'économiquement puissant voisin germanique n'inspire plus le dégoût.

Le français, quant à lui, comme langue officielle de législation, garde un statut important. Comme langue d'enseignement, il a le désavantage de ne pas être apparenté au luxembourgeois bien qu'il partage sa latinité avec le portugais de nombreux habitants du Grand-duché.

Le nouveau modèle d'apprentissage des langues avec des niveaux A et B pour le français et l'allemand et inversement, c'est-à-dire un niveau fort et un niveau faible, et la volonté d'accorder plus de place à l'anglais, peut représenter un danger pour le français qui devrait céder de la place aux langues germaniques.

Cependant, le projet des autorités politiques du Land allemand de Sarre de rendre la population bilingue allemand-français d'ici 2043 vu comme un porte ouverte sur la France et inspiré du modèle luxembourgeois montre l'importance du français et pourrait servir à le renforcer.

Les élections anticipées d'octobre 2013 ont amené une nouvelle coalition au pouvoir. Le programme gouvernemental que celle-ci a présenté contient une rubrique « Revoir l'enseignement des langues ». Remarquant que le multilinguisme (atout, tradition) est devenu un obstacle pour beaucoup d'élèves, il prévoit que l'école devra répondre avec une plus grande flexibilité de l'offre scolaire à l'hétérogénéité croissante de la population scolaire. Préconisant une pratique systématique en langue luxembourgeoise, maintenant l'allemand et le français comme langues d'enseignement, et l'anglais comme langue étrangère, il prévoit que beaucoup d'élèves pourront atteindre des niveaux élevés dans les trois langues (quatre en y ajoutant le luxembourgeois).
Mais pour d'autres, en revanche, il faudra aménager l'enseignement des langues de telle sorte qu'ils puissent accéder à une qualification sans avoir le même niveau élevé dans les trois langues.

Enfin, reste le problème de la langue véhiculaire de l'enseignement, l'allemand ou le français selon le niveau d'études.

Par exemple, les mathématiques sont enseignées en français à partir de la 7e année, alors que, à la fin du fondamental, les élèves connaissent mieux l'allemand – une nouvelle matière dans une nouvelle langue ?
Et le programme gouvernemental d'en arriver à envisager que la possibilité du choix de la langue véhiculaire, à l'instar de la formation professionnelle, devra être discutée pour l'enseignement secondaire.

Essayons de comprendre et de résumer. L'école grand-ducale va former une élite multilingue destinée aux études universitaires, une classe de professionnels aux compétences linguistiques limitées, et peut-être des diplômés d'une filière primolingue français ou allemand. La langue luxembourgeoise sera la base pour le vivre ensemble à l'école et dans le pays pour une diversité de détenteurs de diplômes.
Un pays multilingue obligé d'adapter son système scolaire afin que les langues ne soient plus un facteur discriminant, c'est ce que semble devenir le Grand-duché de Luxembourg.
Espérons encore que cette transformation permettra aussi de réduire le poids des inégalités socioculturelles.

En finale, je crois que le Luxembourg n'a pas fini de débattre de l'emploi des langues et de leur enseignement. Et c'est un sujet que je n'aborderai pas lorsque je me rendrai au Mantelsonndeg du dimanche qui précède la Toussaint (aucun commerçant interrogé n'a pu me renseigner sur cette tradition: les gens de la campagne descendaient en ville ce dimanche pour acheter leur manteau d'hiver) ou que je me procurerai à la boulangerie Bakes d'Ettelbruck des Boxemännchen, ces viennoiseries en brioche en forme de bonhomme que l'on trouve à la Saint-Nicolas ; impossible de savoir ce qu'est le Boxe dans ce mot.



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Auteurs
 Christian Vanrobays