© 2015, Josse Goffin, Regard à gauche

Frédéric Sojcher, Je veux faire du cinéma!

Constance Pasquier
Bertrand Gevart
Dimitra Bouras
Frédéric Sojcher

Texte

Pour la réédition de Main basse sur le film, augmentée d’un chapitre final qui éclaire les liens profonds entre la fabrication d’un film et les fracas douloureux d’une vie, et l'édition de son nouveau livre Je veux faire du cinéma, le cinéaste belge Frédéric Sojcher nous livre son témoignage sur les rouages du cinéma belge.

Sans langue de bois, pratiquant une introspection et une autocritique qui l’accompagnent depuis maintenant plusieurs ouvrages, le cinéaste dépeint un système accaparé par les normes ultra libéralistes.

Dans cette équation, se loge un cinéaste en lutte et des interrogations fécondes sur le cinéma d’hier et d’aujourd’hui, une sensibilité, un parcours, tendant la main à ceux qui veulent prendre part à ce débat sur les moyens mis en place pour réaliser un film.

Bien que la polémique concernant la Commission de sélection des films semblerait avoir pris le dessus sur le livre, nous avons rencontré Frédéric Sojcher afin d’éclaircir sa démarche.
L'occasion de revenir sur son parcours de cinéaste, de citoyen et de témoin.


*


Cinergie: Pourquoi avoir choisi de rééditer Main basse sur le film en même temps que Je veux faire du cinéma?


Frédéric Sojcher: Je crois beaucoup au rôle du producteur dans les films au même titre que des éditeurs dans les livres. Les éditeurs comme les producteurs ne trouvent pas que des financements, ils accompagnent artistiquement.
J’ai eu la chance de rencontrer une éditrice belge, Danielle Nees, qui travaille entre la France et la Belgique aux éditions Genèse. Nous voulions rééditer Main basse sur le film, sorti en 2002 et épuisé depuis quinze ans. Mon éditrice se demandait comment rééditer le livre.

C’est alors que je lui ai raconté l’histoire personnelle que je n’avais racontée à personne, une histoire qui remonte à mon enfance. A l’âge de onze ans, j’ai été abusé par un ami de mon père. Et mon premier long-métrage qui s’intitule Regarde-moi retrace l’histoire d’une jeune femme qui s’est fait abuser par le meilleur ami de son père et qui vient se venger sur une île, en Grèce.

Il y avait évidemment un rapport entre mon vécu et ce premier film, mais personne ne connaissait ce lien intime. Mon éditrice m’a alors encouragé et soutenu afin que je puisse en parler: «On comprend mieux, me disait-elle, combien tu as pu être démuni».
L’histoire de Main Basse sur le film reprend l’histoire du tournage de Regarde-moi où tout périclite.

Il faut bien s’imaginer: ce film, cette histoire, c’était la mienne. Le fait qu’on a essayé de me voler mon film, c’est un peu comme si on avait essayé de me voler ma vie. C’était plus qu’un film pour moi. De manière générale, je considère le cinéma comme étant bien plus que du simple divertissement, bien plus que des strass et des paillettes. Mon rapport au cinéma est plus organique, plus vital, plus incarné que cela.

J’ai rédigé un nouveau chapitre très court qui termine la nouvelle édition et qui revient sur ce lien entre ma vie privée et le film. Au même moment, j’étais en train d’écrire un livre sur mon parcours de cinéaste dans lequel je racontais l’envers du décor et les «rouages» de la production, de la diffusion, du travail et de la rencontre avec les acteurs.

Dans cette perspective, je me suis toujours interrogé sur ce que les spectateurs ne connaissaient pas des films qu’ils voyaient, des incidents en marge des tournages, des problèmes divers qui éclatent avant ou pendant le tournage.
Je trouvais cette démarche intéressante car elle me permettait de parler de mon parcours tout en parlant des mécanismes plus cachés du cinéma.

Ce livre dépasse mon propre parcours pour raconter le cinéma belge autrement.
Étant donné que j’avais ajouté ce chapitre personnel dans Main basse sur le film, ce dévoilement sur une partie douloureuse de ma vie, je ne pouvais pas ne pas dire les choses sans langue de bois dans Je veux faire du cinéma, petit traité de survie dans le 7e art, je devais raconter ma vérité et comment j’avais vécu les choses, sans tabou, sans précautions, comme cinéaste en Belgique.

La polémique autour du livre ne concerne que dix pages sur l’ensemble de l’ouvrage et concerne la Commission belge de sélection des films dont je fus membre pendant plusieurs années et dont mes projets personnels furent refusés de l’ordre de quinze fois en douze années.

J’étais donc porté par cette envie d’interroger à la fois mon parcours, et de raconter vraiment comment ça se passe d’être cinéaste en Belgique. Et j’espère que ce livre, ce dévoilement, cette ouverture va permettre d’engager un débat serein et constructif.

Ce n’est pas tant mon cas personnel qui compte, ni même mon parcours, mais bien de décrire un système qui s’enlise. Mon objectif est de participer à améliorer ce système, ou du moins, permettre que l’on puisse en discuter sans langue de bois. Le système belge n’est pas moins bon qu’ailleurs, loin de là, mais il peut être amélioré, et c’est cela qui m’intéresse.


*


C.: Vous avez publié très rapidement Main basse sur le film après le tournage de Regarde-moi. Comment cela se fait-il?

F.S.: En réalité, j’avais commencé à l’écrire pendant le tournage.
La particularité de ce film c’est précisément une suite d’événements qui ont mené à l’interruption du film. Au point qu’il y a eu un nouveau tournage plusieurs mois après le premier. Pour le terminer avec une autre équipe technique et avec un autre casting, sauf Claire Debout qui assurait la continuité comme actrice dans les deux parties du tournage.

D’ailleurs, je tiens à saluer Cinergie et Jean-Michel Vlaeminckx à ce propos car il fut la première personne qui s’est intéressée à cette question de «Comment peut-on arrêter un tournage et vouloir virer un réalisateur du plateau» XX.
Il avait immédiatement pris position, comme Bertrand Tavernier dans la préface.

Ce livre, c’était aussi une façon de me déconstruire et de reconstruire, de comprendre.
Ce qui s’est déroulé sur ce film fut un véritable cauchemar. Se faire voler son film alors que l’on doit se battre pour faire un long-métrage, c’est l’enfer pour un cinéaste.
Dans ce livre, je ne me cache pas derrière la question des moyens, ni même des autres, je voulais comprendre mes erreurs et essayer de déceler la généalogie de cette dynamique infernale qui nous a forcés à arrêter le film.

Mais j’insiste encore, ce livre c’est ma vérité.
Il reste évidemment des mystères, des conversations que je ne connais pas, des choses que l’on m’a délibérément ou non cachées. Par exemple, à partir de quand l’acteur, avec l’accord de la production ou pas, a voulu prendre ma place sur le tournage?

C’est aussi d’une certaine manière ma façon de briser un tabou qui plane autour de tous les tournages. On ne parle jamais de ce qui se passe mal.
Il existe des exemples notoires de films qui furent des catastrophes, je pense à Apocalypse Now (loin de moi l’idée de me comparer à Coppola).
Mais la plupart du temps, lorsque ça se passe mal, il demeure une sorte d’omerta, une peur que les spectateurs aient un a priori négatif sur le film.

Pour ma part, j’avais besoin de libérer cette parole; et beaucoup de cinéastes ont pris position pour le livre, car il dévoilait une part de leur travail à eux aussi, de leurs expériences sur d’autres films.
Certains m’ont même écrit pour partager avec moi leurs anecdotes et leurs secrets de tournage.
Et puis je pense également qu’au cinéma sans doute plus que dans n’importe quel autre art, il y a ce risque, ce danger que ça tourne mal pour des raisons évidentes. La première c’est le mélange entre l’économique et l’artistique. Mais surtout c’est aussi, très régulièrement, une guerre des égos entre le réalisateur et son équipe.
Et cela concerne tous les cinémas.
Finalement le livre Main Basse sur le film fait un peu office de cas d’école et décrit, bien au-delà de mon propre parcours, ce qu’il faut éviter en tant que cinéaste sur un premier long-métrage. Certaines personnes l’ont lu comme un thriller.


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C.: Dans Je veux faire du cinéma, vous racontez votre parcours, vos rencontres, vous nommez les personnes, vous racontez leurs petits travers.


F.S.: Lorsqu’on accuse quinze refus consécutifs sur une période de douze années à la Commission du film en Belgique et que l’on est cinéaste belge, on se pose des questions.

D’autant plus que statistiquement, l’immense majorité des longs-métrages belges a l’accord de la Commission du film. Il est pratiquement impossible, même si théoriquement c’est possible, qu’un film se fasse sans la Commission du film (il existe de rares exceptions, comme C’est arrivé près de chez vous par exemple).

Lorsqu’ on est refusé pendant douze ans d’affilée, on le vit comme un rejet très violent psychologiquement. Inévitablement arrive une série de questions, de remises en questions. Est-ce que je m’arrête? Est-ce que je peux continuer à faire des films?
Ma vie, c’est le cinéma. Évidemment, je ne vais pas me plaindre si je ne fais pas de films: j’ai conscience qu’il ne s’agit pas d’un droit, mais bien d’un privilège.

Mais lorsque vous travaillez de manière sérieuse, acharnée, avec des scénaristes, que vous remettez des projets, avec des maisons de production, donc après des années, des mois de travail et que l’on vous refuse à chaque fois, ça amène évidemment à faire un bilan et à réfléchir aux rouages.

Je ne pouvais pas faire ce travail sans désigner, sans parler des institutions, sans parler des personnes, mais je montre autant les travers du système et des autres que les miens.
En ce sens, la part d’auto-critique est fondamentale dans les deux livres, je ne me prends ni pour Zorro, ni pour le sauveur du cinéma.

J’expose des faits, je dévoile mon parcours qui inévitablement est mêlé aux autres et aux institutions.
Je souligne d’ailleurs à plusieurs reprises mes maladresses, le fait de ne pas avoir saisi telles ou telles opportunités à tel moment.

Ce livre se rapproche plus d’une sorte d’analyse au scalpel comme un entomologiste, c’est-à-dire qu’il est habité par une certaine cruauté car il n’y a pas la place pour une auto complaisance, mais bien pour des remarques de changement de paradigmes qui selon moi ne servent pas le cinéma belge.

Lorsque j’ai commencé à réaliser des films dans les années 1980, on parlait d’une sorte de «grande famille du cinéma belge» au sein de laquelle bien évidemment, comme dans toutes les familles, tout le monde ne s’entendait pas. Mais il y régnait cependant une humanité, un respect mutuel et un artisanat. Mais maintenant, on a basculé vers quelque chose de beaucoup plus « pro » beaucoup plus «industriel».

Il y a néanmoins des aspects positifs, à commencer pour les techniciens qui tournent davantage, mais aussi qu’il y a plus d’argent débloqué pour le cinéma. Mais en même temps, une sorte de couperet, de machine à broyer. Beaucoup de cinéastes qui sont parvenus à faire un film retenu dans les festivals, avec parfois un très bon accueil critique, ne parviennent pas à continuer de tourner.

Il y a beaucoup de cinéastes belges qui ont fait un long-métrage et qui, depuis, n’ont pas fait de second film. Pourquoi? Ils ont remis des projets qui ont été refusés.

Est ce qu’on peut se contenter de cet état des lieux, ce mode de « circuler il n’y a rien à voir » ou est ce qu’il y a des questions qui méritent d’être posées?

Je pense que dans le cinéma français c’est encore pire que dans le cinéma belge.
D’après les chiffres du CNC, sur une période de vingt ans, 90% des cinéastes qui ont fait un long-métrage ne tournent plus de films.
Est-ce qu’on peut un instant imaginer que 90% des cinéastes qui font un long-métrage sont par définition «inintéressants» comme cinéastes? Je ne le crois pas!
Donc comment faire pour sortir de cet ultralibéralisme qui atteint aussi la Belgique?
Je pense que l’on doit rendre ce système plus humain et vertueux.


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C.: Avant d’écrire ce livre, vous en avez discuté avec d’autres cinéastes?

F.S.: Certaines personnes m’ont accusé de vouloir détruire le cinéma belge. C’est absurde et cela pour plusieurs raisons. Je pense être l’un de ceux qui a le plus défendu le cinéma belge comme cinéaste.

J’ai fait ma thèse de doctorat sur l’histoire du cinéma belge , j’ai écrit un ouvrage sur les frères Dardenne, un autre sur Delvaux.

J’entends beaucoup de cinéastes qui sont dans un profond mal-être d’abord financier (étant professeur je ne vis pas de mes films) et qui posent clairement la question du statut de l’artiste, et la question du barrage systématique qui dégage beaucoup de tristesse.

M’exprimer, écrire, c’est continuer à vivre en espérant que le débat puisse être constructif et puisse s’améliorer. Le livre n’est pas un essai sur le cinéma belge, c’est mon parcours, et comme tel, c’est subjectif et assumé comme tel.

Pour moi, le système dysfonctionne et ça passe inévitablement par des personnes, mais ce ne sont pas des critiques sur ces personnes-mêmes. Je souhaite qu’il y ait un débat collectif pour améliorer les choses.
Beaucoup de personnes prennent position sans avoir lu mon livre; et il y a toute une partie du livre qui ne concerne pas la polémique. Lorsque je parle «d’entre-soi», je fais référence à Bourdieu: on évolue et on vit dans un milieu qui nous ressemble, c’est cela qui crée «l’entre-soi».


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C.: Au fil de cette lecture qui nous offre une introspection, on remarque aussi un bilan, celui d’avoir essuyé des refus, et ce sentiment étrange que tout s’arrête, que vous n’allez plus faire de films, comme si tout était terminé.


F.S.: C'est tout d’abord aux jeunes cinéastes que je m’adresse en écrivant ce livre. Je donne des cours de cinéma à des jeunes qui veulent devenir cinéastes et qui réalisent des films.

Je pense qu’il faut impérativement veiller à ce qu’il y ait des nouvelles formes de cinéma qui émergent, mais aussi des nouvelles écritures, et cela d’autant plus s’il y a des fonds publics qui subventionnent ces créations émergentes. Mais cela ne doit pas aller à l'encontre des autres cinéastes, plus âgés. Il n y a rien de pire qu’un conflit générationnel.

Or, il se trouve que parmi les cinéastes plus âgés, la plupart qui ont eu la chance de commencer à faire des films assez jeunes se retrouvent dans l’impasse de ne plus pouvoir tourner.

Statistiquement, on a plus de risques de ne plus pouvoir faire de film lorsqu’on prend de l’âge et que le fossé générationnel se creuse, rompant d’une part un dialogue potentiel mais aussi une histoire et des cinémas à transmettre.
Comment éviter ce gâchis? Car nous avons affaire à des jeunes cinéastes d’un côté qui viennent alimenter le système et, d’un autre, un système qui ne répond qu’à une seule exigence, celle de la rapidité, du succès rapide et à tout prix, et que l’on jette comme des vieux mouchoirs usés s’ils ne parviennent pas à arborer rapidement des succès répétitifs.

Je me souviens qu’après la réalisation de mon premier long-métrage, tout le monde m'a dit que j’étais fini.
Il se trouve qu’après j'ai réalisé un documentaire, certainement le plus connu de mes films, Cinéastes à tout prix, et qui a eu la chance d’être en sélection hors compétition au festival de Cannes, seulement quatre ans plus tard.

Je ne sais pas si je vais encore faire des films, mais il faut continuer à se battre. Même si j’ai des refus partout, j’ai la chance d'avoir une maison, je la vendrai, je ferai encore un film. Si les dieux du cinéma me prêtent vie, je ferai au moins encore un film.

Ce livre est né d’un double besoin, d’une double exigence, celle de la sincérité lorsque je regarde mon parcours, et celle de retrouver une liberté: de pouvoir m’exprimer sur ce sujet. Je me suis rendu compte que ce besoin était lié au fait d'avoir été refusé continuellement à la Commission du film… Est-ce que je vais continuer à déposer des dossiers, une seizième et une dix-septième fois... et être à nouveau  refusé?
Vais-je continuer toute ma vie à travailler sur des films qui ne se feront pas, à rêver sur des films morts-nés?

Ce livre, c’était ça. Une libération de la parole, de ma parole. Lorsqu’on accuse des refus répétitifs, il y a une forme de honte qui nous transperce, une honte qui nous renvoie aussi à notre condition parfois précaire de cinéaste; et puis arrive les questionnements: suis-je nul à ce point? Dois-je continuer?

De grands critiques français, américains et belges ont écrit sur mes films; j’ai été sélectionné à Venise, à Cannes; alors je ne pense pas être dans la posture de cinéaste raté. Je dois continuer, à me battre tout d’abord, à faire des films, et à faire avancer le débat.


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C.: En vous lisant on a envie de connaître vos propositions pour changer ce système.

F.S.: La première proposition, c’est la bienveillance. Il faudrait la retrouver, ça ne veut pas dire être « bisounours » ou accepter soudainement tous les cinéastes en Commission, mais bien de retrouver un rapport à l’autre et à son projet qui s’inscrit dans une démarche bienveillante.

Car il règne une très grande violence lorsque l’on est auditionné à la Commission. Cela relève pour moi de la compétence. Il n’ y a pas que le scénario, il y a une personne derrière un scénario, et l’on devrait le prendre en considération. Il y a une personne à la Commission à laquelle je pense qui se vantait de n’avoir jamais vu un film de Jaco Van Dormael, est-elle compétente pour juger des films belges?


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C.: Est-il possible d’échafauder des comparaisons sur ce qui existe ailleurs?


F.S.: Les membres de la Commission changent d'une session à l’autre et cela pose un vrai problème, car les cinéastes qui représentent une deuxième ou une troisième fois un projet, se retrouvent presque toujours avec des membres différents qui n’ont pas vu l’évolution du projet. Actuellement, j'ai un même projet qui a été refusé trois fois en Belgique et qui a été accepté à l’unanimité en France.Donc pour un même projet, on peut avoir des réponses opposées, selon la composition des commissions.


En ce sens, je pense qu’il faudrait une forme de roulement démocratique où les membres siègeraient pour un mandat déterminé, fixé dans le temps, afin de sortir de cette nébuleuse dans laquelle on ne sait pas par qui on est jugé, ni comment, ni sous quels critères...
Je pense que ce système offrirait plus de transparence et amènerait les personnes décisionnaires à assumer leurs choix selon une perspective.

Mon propos n’est donc pas de fustiger les commissions, de crier à la fin du cinéma belge, mais de souligner les problèmes que je perçois comme tel.
La particularité de la Belgique, c’est que si on n’obtient pas cette Commission du film, il est quasi impossible de réaliser son film. Et même les cinéastes reconnus demandent l’aide de la Commission pour avoir les autres financements en Belgique.
Il faudrait peut-être un autre type de commission culturelle; et octroyer aux fonds régionaux le droit à une appréciation culturelle sans ce passage obligé par un guichet unique.

Le système nous contraint à ne plus avoir le droit à l’erreur, à être performant à tout prix, à avoir du succès immédiat, sinon on est jeté dehors. C'est le principe ultra libéral, et je n’aime pas cela.


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C.: Comment financer son projet alors?


F.S.: Je ne suis ni mandaté par une association, ni expert. Je parle en tant que personne et je souhaite participer au débat comme citoyen et cinéaste afin de lancer des pistes. Mais je pense qu’il y a une crise de croissance du cinéma francophone. La question est d’assurer un cercle vertueux pour les futurs cinéastes. Il faut décider de cela tous ensemble, que l'on se mette d’accord sur le diagnostic et que l'on cherche ensemble ces solutions vertueuses.


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C.: Vous avez ouvert une brèche. D'autres cinéastes ont-ls pris position pour défendre votre position, prendre le relais…?


F.S.: Il y a eu beaucoup de débats dans la presse écrite. J’ai été invité à plusieurs reprises afin de m’exprimer sur ce sujet, notamment en France.
À la RTBF, j’ai été invité à plusieurs émissions qui finalement m’ont décommandé en invoquant qu’on ne voulait pas relancer la polémique. Là, on touche quelque chose qui dépasse largement le livre et la polémique. Il ne s’agit pas que de moi, de mon parcours, mais de la capacité à s’exprimer librement. Je pense que c’est une vraie question démocratique. Sans débats, il n y a pas de démocratie.

Me concernant, j’ai des dizaines de mails de cinéastes qui me donnent raison mais qui ne l’expriment pas publiquement, par souci de «représailles»!


 



© Bertrand Gevart, Constance Pasquier, Frédéric Sojcher, Dimitra Bouras, site Cinergie be, 21.05 .2021



Note: Voir également au Sommaire de mai 2021 ci-contre, l'article Main basse sur le film (livre) par Solenne Deineko
et lire sur le site Cinergie les autres articles sur Frédéric Sojcher  depuis le 1er janvier 2000




 

Notes

  1. Voir également au Sommaire de mai 2021 ci-contre, l'article Main basse sur le film par Solenne Deineko. Et lire sur le site Cinergie les autres articles sur Frédéric Sojcher parus depuis le 1er janvier 2000

Metadata

Auteurs
Constance Pasquier
Bertrand Gevart
Dimitra Bouras
Frédéric Sojcher
Sujet
Cinéma. Belgique. Frédéric Sojcher. Expérience vécue de la Commission de sélection des films en Fédération Wallonie Bruxelles. Ouvrage Main basse sur le film, réédition 2021. Ouvrage Je veux faire du cinéma, parution 2021.
Genre
Entretien
Langue
Français
Relation
Site Cinergie.be, 21.05 .2021
Droits
© Bertrand Gevart, Constance Pasquier, Frédéric Sojcher, Dimitra Bouras, site Cinergie be, 21.05 .2021